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Panne de courant, téléphone muet

télécommunications Avec l’abandon du bon vieux fil de cuivre, les téléphones fixes ne fonctionneront plus en cas de panne de courant. Un lecteur de Bon à Savoir s’en alarme. L’Ofcom et Swisscom relativisent. Sébastien Sautebin

François Bigler en est convaincu: la transition vers les liaisons entièrement digitales (All IP), que mène Swisscom au pas de charge, pourrait poser de sérieux problèmes. «Pour exprimer le plus simplement les choses, la technologie IP cessera de fonctionner en cas de panne de courant», résume notre lecteur de Bogis-Bossey (VD). Ce qui est vrai, puisque les connexions internet et les lignes téléphoniques seront interrompues dès le moment où le routeur – dont elles dépendent – ne sera plus alimenté en électricité.

Quid des urgences?

Et notre lecteur d’esquisser des scénarios extrêmes. «En cas de perturbations électriques prolongées, le système IP sera hors service et les lignes de téléphonie mobile satureront rapidement. Au final, il n’y aura plus aucun moyen de communication possible.» Estimant que ses préoccupations sont «un sujet d’intérêt public prépondérant», le septuagénaire a interpellé l’Ofcom, l’ombudscom et même Doris Leuthard. Il demande notamment que la sécurité des appels vers les numéros d’urgence, comme les 117, 118 et 144, soient en tout temps garantis.

Le Vaudois regrette ainsi que les consommateurs doivent abandonner la téléphonie fixe analogique (TDM) au profit de l’IP. Il souligne que le TDM permet d’effectuer des appels même en cas de coupure de courant, et estime que chacun devrait pouvoir choisir entre les deux technologies.

Dans leurs réponses respectives,  Doris Leuthard et l’Ofcom relativisent fortement les avantages du TDM, relevant qu’«une très large majorité des consommateurs helvétiques»  utilisent désormais des téléphones sans fil DECT.  Or, les stations de base de ces modèles nécessitent une alimentation par prise. Ils cessent donc de fonctionner lors d’une panne de courant. Seuls des appareils anciens, approvisionnés par le fil en cuivre de la ligne téléphonique, permettent alors de passer un appel.

Vingt minutes par an

L’Office fédéral souligne encore que les appels d’urgence passent aujourd’hui majoritairement par le réseau mobile. Ce dernier sera-
t-il saturé en cas de panne prolongée de courant, comme le craint François Bigler? Swisscom n’offre pas de réponse définitive, estimant que la situation pourrait varier selon les régions.

L’opérateur relève toutefois que, lors de la grande panne d’électricité à Zurich en décembre 2015, «la téléphonie mobile a continué de fonctionner comme sur des roulettes». Swisscom estime qu’il faut dédramatiser aussi le problème des coupures de courant: «On compte, en moyenne, 20 minutes d’interruption par année en Suisse, dont dix sont planifiées!»

L’idée de laisser le choix entre TDM et IP est, quant à elle, balayée par le géant bleu en raison «du coût absolument prohibitif qu’entraînerait la conservation des deux infrastructures». Il n’empêche, comme l’affirme François Bigler, les communications téléphoniques ne seront pas garanties en toutes circonstances. L’Ofcom s’est borné à lui signaler que «des projets liants acteurs nationaux et cantonaux sont en cours». Récemment, le Conseil fédéral affirmait «multiplier ses efforts pour analyser la question de la dépendance des réseaux de télécommunications à l’électricité et pour élaborer des mesures possibles». Espérons que cela aboutisse à des solutions performantes.

Sébastien Sautebin