
Un café, svp! C’est 4 lémans
Tout le monde peut créer une monnaie alternative dans notre pays. à la condition toutefois qu’elle ne puisse pas être confondue avec le franc suisse. Explication et petit tour d’horizon.
Le Léman n’est pas uniquement le plus grand lac alpin et subalpin d’Europe centrale. C’est aussi, depuis peu, le nom d’une monnaie qui commence à circuler sous forme de billets dans la région franco-genevoise. Même si le franc suisse est, de par la loi, le seul moyen de paiement légal (lire encadré), de nombreuses monnaies surnommées «alternatives», «locales», «complémentaires» ou encore «commémoratives» ont circulé, circulent ou pourraient voir le jour dans notre pays.
Des exemples? Des citoyens veulent introduire le «farinet» en Valais, la ville de Neuchâtel a fait frapper des pièces «batz» lors de son millième anniversaire en 2011, le Festival de Montreux avait ses «jazz», alors que diverses manifestations, festivals et autres fêtes médiévales, ont eu leurs «truites», «sous», etc.
Le phénomène, au sens large, n’est de loin pas nouveau, et il peut avoir du succès. Le «franc wir» a ainsi été créé en 1934. Cette «monnaie complémentaire», purement scripturale (il n’existe ni pièces ni billets) est désormais utilisée par près de 45000 PME! Il y a aussi, entre autres, les chèques Reka, lancés en 1939 comme moyens de paiement pour les loisirs et les vacances: ils sont acceptés dans près de 9000 hôtels, parcs, centres de fitness, etc.
Relocaliser l’économie
Ces différentes monnaies sont généralement émises par des associations, des villes ou des cantons, bien que, en fait, n’importe qui puisse en proposer. Deux conditions principales régissent leur utilisation: elles ne doivent pas pouvoir être confondues avec les francs suisses et elles ne peuvent être utilisées qu’auprès de ceux qui veulent bien les accepter, parfois dans des limites chronologiques fixes. Les «batz» neuchâtelois ne pouvaient, par exemple, être utilisés auprès des commerçants qui avaient accepté de jouer le jeu que du 1er mars au 25 septembre 2011.
Les monnaies alternatives répondent à des objectifs divers. Elles peuvent revêtir un aspect essentiellement pratique, par exemple lors d’un festival, ou marquer un événement, comme les «gilles» vaudois. Avec le «wir», la préoccupation est différente: les PME participantes effectuent une partie de leurs paiements avec cette monnaie, et ont alors logiquement tendance à faire en priorité du business avec celles qui l’acceptent aussi, ce qui crée un réseau de partenaires.
L’objectif du «léman» n’est pas fondamentalement différent. L’association qui le gère veut «relocaliser l’économie» en favorisant les échanges entre commerçants de la région lémanique. Sa charte incite, de surcroît, les membres de l’association – ils sont un millier, dont 200 entreprises –, à défendre des considérations environnementales et éthiques. A ce jour, près de 45000 lémans, réalisés par une imprimerie spécialisée vaudoise, circulent sous forme de petites coupures uniquement (1, 5, 10 et 20 lémans) pour éviter la contrefaçon. Mais les faussaires ne constituent pas le plus gros danger. «Le risque principal, c’est qu’il n’intéresse pas assez l’économie et que, après un départ en flèche, il stagne, puis décline progressivement», estime Jean Rossiaud président de l’Association Monnaie Léman
(monnaie-leman.org). Pour vivre et se développer, les monnaies alternatives ont donc besoin de personnes qui les utilisent.
Sébastien Sautebin


