
Airbnb qui rit, locataires qui pleurent
On le savait, les hôteliers abhorrent Airbnb, le site de location entre particuliers, qu’ils accusent de concurrence déloyale. Une décision récente de la ville de Berlin rappelle que ce système peut également devenir l’ennemi des locataires. Dans la capitale allemande, 24000 appartements sont mis à la disposition des touristes par des privés, dont 16000 sur Airbnb. Or, des petits malins louent désormais leur bien par ce biais plutôt qu’aux habitants. Une enquête réalisée à Paris révèle qu’il s’agit d’un business très juteux, puisqu’un studio rapporte ainsi, en moyenne, 2,6 fois plus qu’avec une location classique.
Du coup, rien qu’à Berlin, 10000 logements auraient été retirés du marché locatif dans le centre-ville. Les autorités locales ont réagi en utilisant la manière forte: depuis le 1er mai, seule la location d’une pièce dans un appartement occupé est autorisée. Les contrevenants risquent jusqu’à 100000 euros d’amende. D’autres grandes villes, dont Paris, ont également adopté diverses mesures, tandis que Airbnb a conclu des accords avec certaines autorités pour prélever et leur reverser des taxes de séjour.
Il serait toutefois erroné de jeter le bébé avec l’eau du bain. Aujourd’hui, les nouvelles formes de capitalisme participatif qui fleurissent sur la toile offrent à chacun d’entre nous l’opportunité de se transformer en minientrepreneur. Au législateur de fixer les limites adéquates pour que chacun soit gagnant. S’il est bien encadré, le concept Airbnb peut ainsi bénéficier à tout le monde: aux particuliers, qui veulent mettre un peu de beurre dans leurs épinards en louant une pièce vide de leur appartement, aux autorités grâce aux taxes perçues aux touristes qui bénéficient d’offres souvent moins chères que les hôtels, et même à ces derniers, pour autant qu’ils considèrent leur nouvelle concurrence comme une opportunité de se surpasser. Leurs clients en seront, alors, eux aussi, gagnants.
Sébastien Sautebin

