
Sur le chemin de la modernité
Les nouvelles cartes topographiques de swisstopo couvriront le territoire romand dès l’an prochain. Plus colorées et plus lisibles, ces icônes de la Suisse sont-elles toujours aussi précises?
Tout alpiniste ou randonneur qui se respecte ne sort jamais sans carte dans son sac à dos. Les plus précises, à l’échelle 1:25 000 (1 cm = 250 m) sont conçues par l’Office fédéral de la topographie (swisstopo) depuis les années 1950 et sont reconnues au niveau mondial pour leur qualité graphique et leur précision. Leurs courbes de niveau, qui servent à représenter les dénivellations, figurent même sur le nouveau billet de 50 fr.!
Or, depuis 2014, elles sont en phase de modernisation. Trente-cinq des 247 feuilles qui couvrent le territoire ont d’ores et déjà été transformées, et les premières cartes touchant la Suisse romande seront introduites dès l’an prochain, en commençant par le bassin lémanique. Les différences avec l’ancienne version portent sur trois aspects: les bases utilisées pour les concevoir, la représentation graphique et les nouvelles possibilités d’interaction qu’elles créent.
Mises à jour plus rapides
La conception des nouvelles cartes, davantage automatisée, passe par l’utilisation de vues aériennes qui servent à modéliser le territoire. Elles assurent une précision horizontale et verticale de 0,2 à 1,5 m. Le travail des topographes reste toutefois nécessaire pour le traitement des cas que le système ne peut pas résoudre. Ainsi, il faut un déplacement sur le terrain pour cartographier un objet invisible vu du ciel, par exemple un sentier forestier. Des données provenant d’autres sources – cadastre, mensuration officielle pour la nomenclature, etc. – sont aussi intégrées au modèle numérique. Ces évolutions permettront une mise à jour automatisée et plus rapide des cartes.
La collecte de données en provenance de plusieurs unités administratives permet, sur la carte disponible en ligne, d’afficher en surimpression une quantité astronomique d’informations en tout genre, des zones de protection de la faune aux numéros postaux des communes, en passant par les arrêts de transports publics ou encore les limites géographiques des appellations d’origine protégée (AOP). Il suffit, pour cela, d’activer les différents filtres disponibles (map.geo.admin.ch –> Géocatalogue dans le menu de gauche).
Une meilleure lisibilité…
Sur un plan purement graphique, quels changements pour l’utilisateur? Swisstopo a mis en évidence les différences à l’aide de son outil en ligne «Voyage dans le temps», qui permet de comparer la carte actuelle avec les anciennes versions (cliquer sur les marqueurs rouges).
Les modifications les plus significatives sont les suivantes:
⇨ l’utilisation de davantage de couleurs, notamment pour le réseau ferroviaire, les routes, les téléphériques ouverts au transport de passagers et les limites administratives;
⇨ la police de caractères, plus grasse, plus serrée et plus grande;
⇨ le changement de la dénomination de nombreux lieux-dits, sur la base des décisions des commissions cantonales de nomenclature;
⇨ la distinction, dans la représentation des sentiers, entre ceux dont le tracé est perceptible sur le terrain ou non (lire plus loin).
… au détriment de la précision?
L’un des objectifs de cette nouvelle édition est donc l’amélioration de la lisibilité des cartes, matérialisée encore par l’introduction de la couleur et une légère augmentation des dimensions minimales et des distances entre objets. Selon la porte-parole de swisstopo Sandrine Klötzli, la précision n’est toutefois pas modifiée à l’échelle 1:25000. Pourtant, c’est bel est bien le cas pour certaines portions de sentiers de montagne qui gravissent la pente en zigzag très serrés. En effet, leur représentation se fait au moyen d’un traitillé dont les segments sont plus gras et plus longs que les anciens. Dans l’exemple ci-contre, on compte ainsi 24 contours sur une section de sentier, contre 18 sur la nouvelle carte. Or, le modèle topographique utilisé pour la générer en comporte bien 24. Autrement dit, la nouvelle présentation graphique ne permet pas de les représenter tous.
Retour des sentiers disparus
Si cette légère perte de précision ne dérange pas Ueli Mosimann, responsable pour la sécurité au Club Alpin Suisse (CAS), cela n’a pas été le cas lors de la publication, en 2013, des quatre premières cartes de la nouvelle série. Dans un premier temps, les sentiers peu ou pas visibles naturellement sur le terrain (traversées de pâturages, de pierriers ou de moraines glaciaires balisées, par exemple), non perceptibles sur les photos aériennes, avaient purement et simplement disparu! De quoi mettre en danger randonneurs et alpinistes, avait averti le CAS dans un article de la NZZ am Sonntag. Après concertation avec les milieux concernés, ces itinéraires «invisibles» mais balisés ont fait leur retour et sont désormais indiqués par des pointillés (illustrations ci-contre).


