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La stratégie des quinquas

Même si la retraite semble encore bien loin, il faut y penser dès 55 ans pour renouveler l’emprunt de la maison, surtout avec un pilier 3a.

Quand les journées de travail filent comme l’éclair, on n’a guère le temps de penser qu’il faudra, un jour, rendre son tablier. Pour les propriétaires, un minimum d’anticipation s’impose toutefois pour négocier le virage au mieux.

En préambule, rappelons que les banques se montrent très pointilleuses à la retraite et appliquent la règle des tiers: le tiers de la maison devrait être amorti et la charge des intérêts ne devrait pas dépasser le tiers des rentes de vieillesse. Dans ces conditions, mieux vaut penser à rembourser partiellement la dette avant d’organiser l’apéro de départ.

Si on constitue un 3e pilier lié bancaire pour procéder à un amortissement indirect, il faut enclencher le compte à rebours. Quel horizon choisir pour les contrats hypothécaires si l’on veut amortir régulièrement l’emprunt?

Amortissement indirect

Entre 60 ans (59 ans pour les femmes) et 65 ans (64 ans), il faut retirer son épargne 3a. Mais attention, impossible alors de ne toucher qu’à une partie du compte seulement: celui-ci doit être soldé intégralement. Ce qui implique d’être taxé sur la totalité de l’épargne. Et, comme le taux d’impôt frappant le retrait est progressif, la facture peut être douloureuse.

Pour limiter les dégâts, l’idéal est de partager l’épargne en deux comptes distincts, ce qui correspond à la marge de tolérance du fisc dans la plupart des cantons. Si c’est la banque qui a exigé la constitution d’un 3e pilier en accordant le prêt, on ouvrira deux comptes 3a dans le même établissement en alimentant alternativement les deux cagnottes. Il suffira de les fermer lors de deux années fiscales distinctes pour limiter la note (voir tableau).

Si deux époux du même âge, ou presque, constituent une épargne 3a, il faut alors veiller à retirer les avoirs de prévoyance à tour de rôle. Les retraits s’additionnent, en effet, pour le calcul du taux d’impôt, sauf à Genève où ils sont taxés séparément. Dans notre exemple, Jean et Michèle paieront 3996 fr. au fisc. S’ils avaient tout retiré d’un coup, la facture aurait frôlé 7000 fr.

 


Profiter des taux

Une fois ce calendrier établi, reste à caler les échéances hypothécaires en veillant à pouvoir envisager des remboursements réguliers. Patrick Guerry, directeur de Gestion indépendante de patrimoines SA, suggère ainsi de diviser l’emprunt en trois parts plus ou moins égales: «On profitera du taux très bas du Libor pour une part, le reste étant placé à cinq ans et à dix ans.»

La stratégie dépend toutefois des capacités financières du futur retraité. Julien Favre, consultant à VermögensZentrum, conseille souvent de profiter des taux Libor pour la plus grande partie de l’emprunt. «Il est intéressant de choisir le modèle Libor en situation de taux de référence négatif et de le reconsidérer quand la situation économique aura évolué. »

Stéphane Defferrard, directeur de DL à Lausanne, est d’un autre avis: «De nombreux retraités n’auront pas les moyens d’affronter une reprise des taux quand ils auront 70 ans. S’ils envisagent de conserver leur bien, un emprunt de très longue durée (15 ans au moins) à l’approche de la soixantaine les mettra à l’abri d’une telle éventualité, d’autant que les taux à long terme sont très avantageux actuellement.»

Claire Houriet Rime