
Ramener la nature dans son potager
La permaculture propose de nombreuses techniques inspirées des écosystèmes naturels pour cultiver un jardin foisonnant de manière durable.
Livres, cours d’initiation, vidéos… Depuis quelques années, la permaculture a le vent en poupe. Le terme, contraction de «culture permanente», définit une démarche écologique globale basée sur trois piliers: prendre soin de la terre, des humains et le partage équitable des ressources et des récoltes. Fondée il y a plus de 30 ans en Australie, elle a vite dû faire face à des tentatives de récupérations ésotériques. Pourtant, «elle n’est pas normative pour les individus, et la transmission de ses techniques ne nécessite aucun gourou», explique Hubert de Kalbermatten, paysagiste-horticulteur travaillant en permaculture à Saint-Léonard en Valais.
Aujourd’hui, la démarche est surtout connue du grand public pour ses méthodes de jardinage. Celles-ci s’inspirent de la nature pour créer des cultures à la fois productives et respectueuses de l’environnement, où les dépenses en énergie et en eau sont minimisées. Voici trois principes de base.
⇨ Préserver le sol
Un potager traditionnel est retourné chaque année. La terre est mise à nu et son écosystème, composé d’insectes et de plantes, est chamboulé. S’ensuit, sur le long terme, un appauvrissement du sol.
En permaculture, le labour est proscrit. La parcelle peut néanmoins être décompactée, à l’aide d’une fourche à bêcher ou d’une grelinette. De plus, pour protéger la terre du soleil et des intempéries, le sol est couvert de paille, de feuille ou d’autres matières organiques. En se décomposant, elles forment de l’humus qui enrichit le verger. Cette couche offre aussi l’avantage de conserver l’humidité plus longtemps. Nul besoin d’arroser chaque soir d’été. Suivant la même logique, les mauvaises herbes ne sont pas systématiquement arrachées. Et, quand c’est nécessaire, la plante retirée peut être laissée sur place: aucun nutriment n’est ainsi soustrait au carré cultivé.
⇨ Des fleurs au milieu des légumes
Toujours dans l’idée d’imiter la nature, le permaculteur favorise les associations de végétaux sur de petits espaces. Certaines espèces protègent leurs voisines des rayons du soleil. D’autres attirent des insectes pollinisateurs dont l’action sera bénéfique à l’ensemble du verger. Ces mélanges permettent aussi de limiter la concurrence sous la terre, car toutes les plantes n’ont pas les mêmes profondeurs d’enracinement.
En comparaison avec un potager traditionnel, ces nouvelles sortes de jardins ont souvent un aspect beaucoup moins ordré. Des fleurs comme les capucines se retrouvent, par exemple, à côté des courges ou des fèves. Mais, derrière ce fouillis apparent se cachent en réalité des cohabitations savamment orchestrées, appelées des «designs». Ils permettent d’avoir une vision globale des interactions entres arbres, haies, fleurs, légumes, systèmes d’eau, intrants, etc. Car la limite entre culture vivrière et celle d’ornement est beaucoup plus floue. Un arbre peut ainsi être utile pour protéger du vent, tandis qu’une mare accueille des batraciens friands de limaces.
⇨ Sans intrant de synthèse
Dans la permaculture, les interventions sont minimes. Quand les récoltes sont grignotées par des ravageurs, il est parfois difficile de résister à la solution de facilité: les insecticides. Agir sur les causes d’un déséquilibre plutôt que sur ses symptômes sera pourtant plus efficace sur le long terme. Si un arbre fruitier est infesté de pucerons, l’installation de quelques abris à perce-oreilles permet de régler naturellement le problème. Peut-être que la récolte de l’année sera amoindrie, mais le propriétaire pourra profiter de pommes non traitées toutes les années suivantes. Il évitera, en outre, de polluer les sols. Pour cette même raison, les engrais chimiques sont également bannis.
Bernard Utz


