
Au fond du fonds des fonds
Comme son nom l’indique, un fonds de fonds contient plusieurs fonds. Le risque est donc dilué, mais le rendement aussi. Et les frais augmentent.
Investir 200000 fr. pour en perdre 500, dividendes inclus. Cinq ans plus tard, notre lecteur comprend qu’il aurait mieux fait de cacher l’argent sous son matelas et, ainsi, éviter de remplir les poches de sa banque et des fournisseurs de fonds.
Dès octobre 2010, il investit en trois tranches (2010, 2013 et 2014) 200 000 fr. dans le Fonds Multi Defendo (ISIN: CH0104955247), commercialisé par la Banque Cantonale de Saint-Gall. La direction du fonds se trouve chez GAM Investment Management Suisse AG, une société financière spécialisée dans le développement et la commercialisation de produits de placement, dont le siège est à Zurich. Quant au produit, c’est ce qu’on nomme un «fonds de fonds», parce que le capital n’est pas investi dans un seul, mais dans une série de fonds. Du coup, aux frais facturés par GAM et la banque cantonale, il faut ajouter ceux engendrés pour chaque fonds individuel faisant partie du montage.
«Avec des coûts de 0,5% par année, ce produit serait parfait», commente un conseiller en investissement indépendant. Mais ceux de Multi Defendo sont quatre fois plus élevés (2,08%). Pour notre lecteur, cela représente plus de 4000 fr. par an. Conséquence logique: le produit doit réaliser une plus-value d’au moins 2% rien que pour compenser cette somme. Et, à ce stade, l’investisseur n’aura encore rien gagné!
Caractère défensif
Or, ce produit possède un caractère défensif. Plus de 40% des actifs sont investis dans des obligations et seulement 10% dans des actions, le solde étant réparti dans l’immobilier, les matières premières ou les devises étrangères. Il ne présente donc que très peu de risques. Dès lors, sa performance ne lui permet pas d’obtenir un rendement qui couvre plus que les coûts. Et il passe donc à côté de l’objectif annoncé, soit une «augmentation continue de la valeur du capital».
Qualité d’une étoile sur cinq
Le responsable des placements de la Banque Cantonale de Saint-Gall, Thomas Stucki, conteste cette façon de voir les choses: «Durant les deux années négatives, 2011 et 2015, de nombreux fonds stratégiques qui cherchaient à préserver le capital ont obtenu des taux de rendements négatifs.» Mais, entre 2012 et 2014, l’objectif a clairement été atteint.
Toujours est-il que, depuis son lancement, Multi Defendo a affiché, en tenant compte de tous les coûts, un rendement de 0,15% seulement, soit nettement moins que l’épargne classique. Sur le portail financier morningstar.ch, il n’obtient d’ailleurs qu’une seule étoile sur cinq, ce qui le classe parmi les mauvais élèves de son groupe de comparaison.
Et, dans le contexte actuel, difficile pour le marché, cela risque de devenir encore plus ardu d’obtenir un rendement qui dépasse les coûts. Thomas Stucki voit pourtant cet environnement hostile comme une opportunité, celle d’investir dans des classes d’actifs alternatives permettant de réaliser des rendements positifs, même dans des marchés difficiles. La Banque Cantonale de Saint-Gall continue donc de recommander le Fonds Multi Defendo.
Bruno Schletti/cd


