
Un revenu moyen pour qui?
En 2012, le revenu médian d’un ménage suisse se montait à 9117 fr., mais à 4012 fr., pour les rentiers les moins favorisés et à 15 681 fr. pour les actifs les mieux nantis.
Selon l’Office fédéral de la statistique (OFS), le salaire médian suisse était de 6189 fr. en 2014. Un chiffre qui fait bondir certains et sourire d’autres, car, même s’il est déjà plus réaliste que le salaire moyen (lire encadré), il n’en reste pas moins une indication assez superficielle.
L’étude la plus récente (2012) de l’OFS* englobant le revenu médian illustre bien la chose. D’abord, comme son nom l’indique, elle s’intéresse au revenu brut des ménages (avant déductions sociales), qui englobe non seulement le salaire, mais aussi les rentes (AVS, AI, LPP, etc.), les intérêts de l’épargne, les transferts reçus d’autre ménages (pension alimentaire, par exemple), etc.
Ensuite, elle indique certes le revenu moyen général (tous ménages inclus), soit 9117 fr., mais elle distingue aussi les ménages actifs (10 156 fr.) de ceux composés de rentiers (5911 fr.). On voit déjà que l’on est presque dans un rapport du simple au double.
Le pas va être allégrement franchi avec la décomposition en quintiles (lire encadré et voir graphique). Même avec le revenu global (couleur rouge), on s’aperçoit, en effet, que 20% des ménages ne disposent que de 4012 fr. en moyenne (donc il y en a qui ont bien moins encore), alors que la meilleure tranche de 20% également affiche 15 681 fr. Nous sommes donc dans un rapport de un à quatre.
Et la différence se creuse encore si l’on compare le quintile des retraités les plus défavorisés (revenu brut moyen de 2808 fr. seulement) avec celui des ménages actifs les mieux nantis (16 301 fr.), soit presque six fois plus!
L’aide de l’état
Mais le fossé serait bien plus profond encore sans l’aide de l’Etat. Car si les rentes (APG, AI, CNA, etc.) et les prestations sociales (subsides cantonaux pour l’assurance maladie, loyers subventionnés, allocations familiales, bourses d’études, etc.) représentent 7,3% du revenu des ménages actifs, elles se montent à 19,8% du 1er quintile (le groupe le moins favorisé), contre 3,6% pour le 5e quintile.
Le poids des dépenses varie aussi considérablement, l’assurance maladie grevant, en moyenne, 4,9% du budget de l’ensemble des ménages actifs, mais – malgré les subsides cantonaux – 10,9% de ceux du premier quintile contre 2,8% de ceux du 5e quintile. A l’inverse, si l’ensemble des ménages consacre 11% de ses revenus aux impôts, le premier quintile ne débourse «que» 8,5% contre 13,8% pour le 5e quintile.
*Inégalité des revenus et redistribution par l’Etat, OFS, 2012. A télécharger sur www.bfs.admin.ch –> Thèmes –> Secteur 20 –> Revenus, consommation et fortune des ménages –> Actualités.
Christian Chevrolet


