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A la chasse aux entourloupes

indication des prix Pas facile de comparer le coût de plusieurs denrées alimentaires, lorsque le prix au kilo n’est pas indiqué. Bien qu’obligatoire, il disparaît de plus en plus souvent des rayons!

Les grands distributeurs ont plus d’une corde à leur arc afin d’inciter leur clientèle à craquer pour des produits plus coûteux qu’ils ne l’imaginent. Ainsi, une lecture trop rapide des étiquettes peut s’avérer trompeuse: vendus à des prix proches de ceux de leurs voisins, les articles les plus chers sont souvent conditionnés en plus petite quantité. Heureusement pour le consommateur, la loi lui offre la possibilité de comparer, car les commerçants sont contraints d’indiquer le prix unitaire des marchandises, c’est-à-dire au kilo ou au litre, hormis certaines exceptions (lire encadré).

Lors de nos précédentes enquêtes dans les magasins, nous avons toutefois constaté qu’ils sont nombreux à «oublier», ici ou là, cette obligation légale. Pour en avoir le cœur net, Bon à Savoir a fait des pointages chez les deux leaders du marché, Coop et Migros, afin de relever des exemples d’étiquettes ne respectant pas la loi. Et la «pêche» s’est avérée fructueuse: un ou deux passages dans une succursale des deux géants choisie au hasard ont suffi pour débusquer des dizaines d’exemples d’articles vendus sans indication de leur prix au kilo, voire parfois sans prix du tout! Dans certains cas, les distributeurs profitent des largesses de la réglementation. Mais, pour les autres, il s’agit d’une infraction claire à l’ordonnance sur l’indication des prix (OIP).

Pour pro du calcul mental

Chez Migros, la pratique est même généralisée à l’ensemble du rayon fruits et légumes. Seul le prix de détail est affiché sur ceux qui sont vendus en barquette – fraises, baies, tomates cerises, champignons notamment. Le problème? Les contenants sont de tailles très diverses: 150 g, 300 g, 450 g, 700 g et on en passe. Sans être un pro de l’arithmétique, impossible de savoir, par exemple, quelle variété de tomates cerises est la moins chère. Hors fruits et légumes frais, treize autres articles ont été pris en flagrant délit de dissimulation de leur prix au kilo: des noix et autres fruits secs (6), des fruits de mer (4), des fromages (2), une sauce et une barquette de sushis. Enfin, un étal promotionnel de purée de pommes de terre n’affichait, lui, pas le moindre prix.

Coop, de son côté, fait à peine mieux, avec huit articles – souvent onéreux – sans coût au poids: sushis (2), sashimi (1), algues (1), salades et herbes aromatiques (2), pizza (1) et chipolatas (1). La succursale visitée présentait également un étal entier de biscuits HUG sans la moindre indication de prix.

Interpellée par nos soins, Coop reconnaît platement ses torts, tout en précisant que la faute en incombe aux gérants des succursales que nous avons visitées. Elle promet de les sensibiliser, afin qu’ils respectent ses directives, notamment lorsque les marchandises sont vendues hors de leur rayon, dans les bacs disposés au centre des allées. Pourtant, il ne s’agit pas seulement d’un problème de succursale, car ces erreurs ont été constatées dans plusieurs magasins des cantons de Vaud et du Valais.

Quant à Migros, elle reconnaît également que l’absence du prix unitaire est anormale et contrevient à la loi, sauf dans certains cas où elle est sauvée par ses exceptions (barquettes de 125 et de 200 g – lire encadré).  «Mais ces omissions sont involontaires, ajoute son porte-parole Tristan Cerf. Nous allons au plus vite les corriger partout où elles sont effectivement apparues, même s’il n’est pas exclu qu’il ne s’agisse que de cas isolés.» On constate pourtant que, nulle part sur les panneaux noirs standardisés qui mentionnent le prix des fruits et  légumes, un emplacement destiné à accueillir le prix au kilo n’est resté vide. Là non plus, il ne peut donc s’agir d’un oubli ponctuel d’un gérant de filiale.

Les trucs & astuces des grands distributeurs

Il n’est pourtant pas nécessaire d’enfreindre la loi pour brouiller les pistes et rendre plus délicates les comparaisons de prix! Les techniques suivantes font partie des préférées des magasins.

⇨ Au kilo, puis aux 100 grammes

A la place du prix au kilo d’un article, il est autorisé de l’indiquer aux 100 g (voire au gramme). Et même d’alterner les deux dans le même rayon. Ainsi, les magasins ne se privent pas d’afficher, côte à côte, un prix de 2.20 fr. pour des bananes et de 1.95 fr. pour des fruits de la passion. Le hic: pour ces derniers, il s’agit du prix aux 100 g et non au kilo.

⇨ Fausses actions

Habituellement, les produits placés dans les bacs, au centre des allées, sont en action. Mais pas toujours. De plus en plus souvent, ils sont mélangés avec des articles ornés des labels «Actuel» (Coop) ou «De saison» (Migros). Or, malgré la couleur orange de ces marquages, il ne s’agit absolument pas de produits dont le prix a été baissé! Quant à savoir pourquoi des madeleines (Migros) ou des chipolatas (Coop) sont «de saison» ou «actuelles» en avril plutôt qu’en juin ou en septembre, le mystère demeure…

⇨ Prix de gros

Qui n’a jamais craqué pour un gros paquet de branches de chocolat ou de saumon fumé vendu avec un joli rabais de 50%? Les plus attentifs l’auront remarqué: en réalité, ces articles ne sont jamais vendus sous cette forme au prix de base indiqué. La réduction mentionnée est, en fait, calculée par rapport au prix de l’emballage traditionnel du même produit, plus petit et présent dans les rayons tout le reste de l’année. Autrement dit, il ne s’agit que d’un rabais de quantité, exactement comme un gros pot de chocolat à tartiner coûte moins cher au kilo qu’un petit. Les lessives, elles aussi, sont souvent concernées par cette pratique qui flirte avec les limites de la réglementation sur les prix soldés.

Vincent Cherpillod