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Derrière le store, l’Himalaya

L’immense succès du livre du photographe Yann Arthus-Bertrand «La Terre vue du ciel» en atteste: voir notre planète d’en haut, privilège qui s’offre rarement au commun des mortels, est un spectacle époustouflant et bouleversant. Lorsque les conditions sont réunies, les passagers des vols placés côté hublot sont parfois gratifiés de cette expérience unique – quand leur plaisir n’est pas gâché par les directives ineptes de certaines compagnies aériennes! C’est pourtant le cas bien trop souvent: sous prétexte d’assurer le confort des voyageurs qui veulent dormir, les équipages contraignent, parfois, ceux qui sont assis côté fenêtre à fermer le store de leur hublot, afin d’assombrir la cabine au maximum (lire page 25). Une mesure absurde qui les arrange bien, comme l’avouent plusieurs professionnels de l’aviation sur les forums spécialisés: un passager endormi ne sollicite pas l’équipage!

On peut, bien sûr, ergoter en prétendant que le confort du passager qui souhaite se reposer compte, lui aussi. Pourtant, aucune compagnie n’interdit de garder sa lumière allumée pour lire ou s’abreuver des films qu’elles s’enorgueillissent de diffuser sur les microscopiques écrans logés dans le siège de devant – dérisoire distraction, lorsque le véritable spectacle se trouve juste derrière la vitre! En outre, si un simple bandeau pour les yeux protège de la lumière (cadeau jadis offert aux passagers), personne n’a jamais réussi, jusqu’à preuve du contraire, à regarder à travers un store fermé…

Notre planète n’est pas si grande – un avion en fait le tour en à peine plus d’un jour. Priver l’homme du rêve de pouvoir contempler son berceau vu d’en haut, de percevoir sa fragilité, sa précarité, tient presque du crime contre l’humanité.

Vincent Cherpillod