
Sharoo: pas de gains mirobolants à l’horizon
Le site suisse sharoo.com permet aux privés de louer leur véhicule. Mais il faut bien calculer ses coûts et ses tarifs et pour être gagnant.
«Laisse ta voiture gagner de l’argent pour toi en devenant loueur», peut-on lire sur sharoo.com. Moyennant une commission, la plateforme zurichoise de carsharing permet aux particuliers – et aux professionnels – de louer leurs véhicules à des prix librement fixés. Les publicités diffusées sur Facebook vantent même des gains «de plus de 500 fr. par mois».
Vraiment? Si le calcul que nous avons fait laisse effectivement entrevoir quelques profits pour les privés, ils demeurent modestes et dépendent de nombreux éléments, comme le genre de véhicule, le nombre de locations, les prix fixés, le coût de la place de parc et celui des assurances, etc.
Dans nos scénarios, le loueur propose une Peugeot 107 1.0 Trendy immatriculé fin 2008, expertisée, avec 67 000 km au compteur, achetée 5000 fr. en mars 2016. Comme d’autres microcitadines, elle a l’avantage d’être peu coûteuse à l’usage (voir tableau). Notre calcul, supervisé par le TCS, montre que son coût kilométrique n’atteint en effet que 35 ct. pour 15 000 km annuels alors qu’il est de 71 ct. avec une automobile de gamme moyenne.
1050 fr. de gain
Premier scénario: le particulier veut se transformer en micro-entrepreneur. La Peugeot est achetée dans le seul but de gagner de l’argent en la proposant sur le site. L’équation est délicate: le prix de location, librement fixé par le propriétaire, se compose d’un tarif à l’heure, au jour ou à la semaine ainsi que d’un montant par kilomètre, qui n’est cependant pas facturé sur les 50 premiers! Sharoo prélève ensuite 30% sur le prix final de chaque réservation ou 15% si l’on paie un forfait mensuel de 49 fr.
Pour réaliser un bénéfice avec 15000 km annuels de locations, ces dernières devront rapporter, en moyenne, plus de 50 ct. par km parcouru. En facturant, par exemple, 60 ct. le km, le bénéfice annuel ne sera que de 60 ct. – 30% (commission) = 42 ct. – 35 ct. (coûts) = 7 ct. x 15 000 km = 1050 fr. Desquels il faut déduire, la première année, l’installation du boîtier sharoo (399 fr.). C’est un gain très modeste, si l’on prend en compte tout le travail à accomplir, notamment d’entretien (nettoyage, services, etc.), et c’est compter sans la gestion d’éventuels dégâts. Et rien ne garantit que le propriétaire parviendra à louer sa Peugeot 15 000 km par an à un tarif rapportant 60 ct. le kilomètre!
Partager pour économiser
Le second scénario, plus classique, consiste à partager son automobile. Comme nous allons le voir, il est plus avantageux pour le loueur, pas vraiment en matière de gains (toujours modestes), mais parce qu’il conserve l’usage partiel du véhicule. Ici, le nombre de trajets annuels atteint toujours 15 000 km, mais le propriétaire en fait lui-même 10 000 et loue son véhicule pour le reste.
L’avantage? Plus une voiture roule durant l’année, plus le coût kilométrique diminue, car les frais fixes sont divisés sur un plus grand nombre d’unités. Sans partager son automobile, notre particulier payerait ainsi 45 ct. pour chacun de ses 10 000 km annuels (voir tableau). Si le véhicule parcourt 15 000 km par an, le coût kilométrique descend à 35 ct., soit 10 de moins par km. Le propriétaire économisera donc 1000 fr. sur ses 10000 km. Et il fera un bénéfice de 350 fr. avec la location s’il parvient à placer le véhicule pour 5000 km à une moyenne de 60 ct./km. Gain total: 1350 fr.


