
Un portefeuille d’actions est-il toujours rentable sur la durée?
Notre tableau le démontre: en investissant 5000 fr. par an dans un portefeuille d’actions diversifiées durant 30 ans, le bilan est toujours positif. Mais il varie entre 4% et 478%. Et le passé – fût-il plus que centenaire – ne garantit jamais l’avenir!
La contradiction a été relevée l’an dernier dans Finanz und Wirtschaft, le magazine économique de référence outre-Sarine. En avril 2015, André Kistler, directeur associé de la société de gestion de fortune Albin Kistler, déclarait que, «à long terme, soit avec un horizon de dix ans au moins, les actions de bonne qualité représentent non seulement la meilleure rentabilité, mais aussi le placement le plus sûr». Mais quelques mois plus tard, dans le même journal, le professeur Joachim Voth, qui enseigne l’économie à l’Université de Zurich, disait exactement le contraire, en soulignant que «la règle voulant que, à long terme, les actions sont toujours un bon choix, est très vraisemblablement fausse et même dangereuse». Il admet, certes, que les marchés américains, sur lesquels sont fondés la plupart des études, tendent à prouver le contraire, mais il rappelle certaines périodes catastrophiques, notamment sur les marchés allemands, russes ou japonais.
Les limites de l’histoire
Qui a raison? Que les résultats d’hier ne donnent aucune garantie pour l’avenir, c’est un fait. Mais, parallèlement, un investisseur qui veut bâtir une fortune pourra difficilement faire l’impasse sur les actions. Tout Compte Fait a donc reproduit, dans un tableau très complet, le rendement d’un placement annuel de 5000 fr. sur une durée de 30 ans, de 1900 à nos jours.
Exemple (dernière ligne de la première colonne): l’investisseur qui a placé, chaque année, entre 1942 et 1971, 5000 fr. dans un portefeuille d’actions diversifiées, a bénéficié, en fin de compte, d’une fortune réelle de 564 323 fr., ce qui représente un gain de 414 323 fr. (+276%).
Pas de tranche sans rendement
Mais ce que démontre surtout ce tableau, c’est que, depuis le début du XXe siècle, un tel placement n’a jamais été déficitaire durant une tranche de 30 ans. Le moins bon résultat se situe entre 1950 et 1979, avec un maigre gain de 5318 fr. (+4%). A l’inverse, le rendement se monte à 478% entre 1932 et 1961 ou – plus proche de nous – à 351% entre 1970 et 1999.
On l’aura donc compris: tout dépend de la date où commence l’investissement et, bien sûr, de celle où il se termine. Or, autant il est difficile d’influencer la première, autant il est possible de différer la deuxième si la période de vente n’est pas propice. Ainsi, un retraité qui a fait ce genre de placement pour compléter sa prévoyance n’a pas nécessairement besoin de la totalité du capital le jour de sa retraite et peut donc le consommer partiellement, année après année.
Rester calme
L’important, comme pour tous les placements d’ailleurs, est de ne jamais céder à la panique et de vendre soudainement son portefeuille, parce que les marchés deviennent négatifs. L’histoire prouve – jusqu’à aujourd’hui du moins – que les mauvaises années sont compensées par les bonnes, d’où l’importance de viser le long terme.
Pour bien lire le tableau
Quelques détails importants pour bien comprendre les chiffres du tableau:
⇨ Les données ont été calculées par la société BWM AG, de Wilen bei Wollerau (SZ), qui gère elle-même des fonds de placement d’actions diversifiées.
⇨ Elles sont indexées, ce qui revient à dire que l’inflation, respectivement la déflation, ont été prises en compte et que les gains sont donc exprimés en valeur réelle, et non nominale.
⇨ Les gains tiennent compte d’un taux de rendement sur les dividendes de 2%.
⇨ Les frais d’achat (1%) et de garde (0,2%), tout comme l’imposition sur les dividendes (25%) et la fortune (0,23%) ont également été déduits.
Ernst Meierhofer/cc


