
Les traders, des comiques pas drôles
Le film «Le loup de Wall Street» de Martin Scorsese, sorti en 2013, montrait l’ascension du courtier en Bourse Jordan Belfort. Les images de magouilles et de fêtes décadentes donnaient un aperçu de la vie des golden boys. Mais une œuvre cinématographique, surtout à Hollywood, n’est pas vraiment un gage d’objectivité. Or, début mars, la réalité a rejoint la fiction.
Le magazine «Les Inrockuptibles» faisait alors état d’un possible délit d’initiés de la Société Générale concernant l’affaire Kerviel et diffusait une vidéo des soirées arrosées de la banque française. Dans ces clips, filmés lors de séminaires d’entreprise se déroulant entre 2005 et 2007, les courtiers parodient leur métier. Grimés en Brice de Nice ou en mafiosi, ils jouent à qui est le «plus grand truffeur», du jargon signifiant «arnaqueur».
Dans un autre extrait, les employés se mettent en scène dans leur bureau. L’ambiance est au lendemain de fête. Alcoolisés, clope à la main et couchés au pied de leur bureau, ils se moquent des contrôleurs venus vérifier leur travail. «Tu sais, ma dernière analyse de risque, quand elle est sortie, ce truc-là, il était pas encore en bouteille», dit l’un d’entre eux en montrant ce qui semble être un vieux whisky.
A n’en pas douter, les traders de la Société Générale prétexteront un deuxième degré, un humour potache pour décompresser après de longues journées de travail. Mais quoi qu’ils en disent, ces mauvais gags mettent en lumière la vision douteuse que certains opérateurs financiers ont de leur métier. Brasser des millions n’est ainsi qu’un jeu cynique dont le seul but est de s’en mettre plein les poches. Au pire, ce sont les clients qui se retrouvent floués.
Ces traders-comiques ne font rire personne. Surtout pas les millions de salariés qui voient les avoirs de leur future retraite placés en Bourse sans qu’on leur demande leur avis. Loin de rassurer qui que ce soit, la Société Générale n’a pris, pour l’heure, qu’une seule mesure à la suite de ces révélations: attaquer «Les Inrockuptibles» pour diffamation.


