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6 fonds éthiques pour le 3e pilier: prévoyance éthique: vraiment?

Placer l’argent de son 3e pilier «a» dans un fonds de placement éthique ne signifie pas faire une croix sur le rendement. Mais pas non plus faire un grand geste pour la planète.

Pour éviter de voir ses capitaux servir les intérêts d’entreprises écologiquement ou socialement douteuses, les fonds dits «éthiques» ou «durables» ont fleuri, certains étant même ouverts aux avoirs de la prévoyance liée (3e pilier a). Mais leur caractère éthique ne saute pas toujours au yeux lorsqu’on les étudie d’un peu plus près! Dans leurs principales positions, on retrouve, en effet, les actions des grandes multinationales suisses de l’industrie pharmaceutique (Novartis, Roche), de l’agroalimentaire (Nestlé), de la Banque UBS ou encore du géant américain Microsoft. Soit rien, à première vue, qui les distingue franchement des autres fonds de placement…

«Malgré les apparences, il ne s’agit pas seulement de marketing, estime pourtant Roland Bron, directeur romand de la société de conseils financiers VZ. L’approche est sérieuse.» Pour le spécialiste, la présence d’actions de multinationales parfois controversées est inévitable: en n’investissant que dans des start-up, des PME ou en misant sur quelques secteurs d’activité seulement, on s’expose à un trop grand risque de fluctuation, encore plus problématique dans le cadre de la prévoyance.

Premier de classe

Sur le plan du développement durable, les multinationales ne se valent pas toutes. C’est sur ce point que misent la plupart des fonds éthiques: ils ne renoncent pas aux grandes firmes, mais sélectionnent les meilleures (ou les moins pires, c’est selon) dans chaque secteur. Cette stratégie, dite «best in class», est la plus courante. Certains produits vont plus loin et optent pour l’approche «best in service», qui consiste à comparer les entreprises fournissant la même prestation – par exemple la production d’énergie. Celles qui sont spécialisées dans les énergies renouvelables obtiennent alors de meilleures évaluations que celles qui travaillent avec les énergies fossiles. Enfin, l’approche thématique consiste à définir des secteurs importants pour le développement durable, dans lesquels des sociétés innovantes sont choisies.

En outre, les entreprises actives dans certains secteurs sont d’emblées exclues: armement, OGM et tabac sont généralement les plus ostracisés, suivis par les industries nucléaire et pornographique. Les sociétés qui extraient ou exploitent les énergies fossiles, elles, ne sont pas refusées partout: Oeko 45 de Swisscanto est, ainsi, le seul des six fonds que nous avons étudiés qui n’en veut pas (voir tableau).

On évite les cancres

Mais ces différentes approches ne donnent pas forcément un résultat spectaculaire sur un plan éthique ou moral. Ainsi, les Fonds Futura de Raiffeisen sont ceux qui, sur le papier, possèdent le plus d’atouts: critères de sélection et d’exclusion détaillés et complets, vérification de l’éthique des placements par un organisme externe, affiliation au Code européen de transparence pour les fonds durables… Mais, en creusant un peu, on constate qu’il suffit qu’une entreprise soit classée juste au-dessus de la moyenne dans son domaine de prestations pour être admise dans l’univers de placement du fonds. Autrement dit, les fonds éthiques excluent peut-être les mauvais élèves, mais ne choisissent pas forcément les plus méritants.

Les outils qui permettent de noter les entreprises sont aussi sujets à caution. Les établissements qui gèrent les fonds peuvent soit procéder eux-mêmes aux évaluations – c’est le cas de la Banque Sarasin –, soit les confier à un prestataire externe, notamment Inrate, une agence de notation de durabilité indépendante qui travaille avec Raiffeisen et Swisscanto, jugée «sérieuse et de qualité» par VZ. Mais, selon l’association La Déclaration de Berne, le principal point faible de ce processus se situe au niveau de la récolte des informations qui servent à évaluer les sociétés. Elles sont parfois obtenues au moyen d’un questionnaire détaillé envoyé aux entreprises. Or, bien souvent, leurs réponses sont difficiles à vérifier…

Compromis à la suisse

Fort heureusement, les véhicules de placement éthiques ont des rendements intéressants et très proches des fonds traditionnels (comparer avec les chiffres de notre article «Fonds 3a: gare aux chiffres trop alléchants», TCF 1/2016). «Et je ne serais pas surpris que leur rendement s’améliore au fil des années, estime Roland Bron. Si les investissements sont réellement durables, ça devrait porter ses fruits à long terme!» Ils peuvent, en revanche, être exposés à plus de fluctuations à court terme, selon Swisscanto.

Même si leur caractère éthique laisse encore à désirer, les fonds éponymes restent donc, sur ce critère, forcément un peu meilleurs que les autres. Et, comme leur performance à long terme n’a rien à leur envier, on peut les considérer comme un bon compromis, «à la Suisse»: un peu plus d’éthique – mais pas trop – contre un peu plus de risques – mais pas trop non plus…

Vincent Cherpillod

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