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L’AVS gérée à Londres et à New York

Compenswiss confie une partie des fonds de l’AVS/AI/APG à 25 cogestionnaires, dont 14  à l’étranger. La prudence reste cependant le maître-mot.

L’exercice 2015 des trois fonds de compensation AVS/AI/APG a été plutôt difficile. L’an dernier, ils ont enregistré une perte nette de 0,77%, après une hausse de 7,1% en 2014. La faute à des marchés financiers difficiles. Et la suppression du taux plancher, tout comme l’abaissement par la Banque nationale suisse des taux d’intérêts déjà négatifs «n’ont fait que compliquer encore la gestion des placements», déclarait récemment Compenswiss, la structure chargée de gérer les avoirs de l’assurance vieillesse et survivants, de l’assurance invalidité et des allocations pour perte de gain.

Si l’on en croit les déclarations de son président sortant, Marco Netzer, les perspectives pour 2016 ne sont d’ailleurs guère plus optimistes. Voilà donc les Helvètes prévenus. Mais, puisque les fonds de compensation sont alimentés par leurs cotisations, ils sont en droit de tout savoir sur leur gestion. D’autant que le premier pilier est censé leur assurer le minimum vital – gîte, couvert et santé.

Gestion étrangère

Or, première surprise, Compenswiss n’est pas la seule entité impliquée dans la gestion des 33,6 milliards des fonds de compensation. Mais, il aura fallu attendre 2015 pour connaître, enfin, le nom de ses cogestionnaires. Sur les 25 mandats externes attribués l’an dernier, 14 d’entre eux l’ont été à des gérants basés à Londres, à Boston, à New York ou encore à Pasadena, pour un total de quelque 9 milliards.

Une révélation qui en a étonné plus d’un, à commencer par le conseiller national Olivier Feller (PLR/VD), qui a interpellé le Conseil fédéral à ce sujet. Lequel a considéré qu’une telle attribution était justifiée, «sans que cela préjuge en rien des compétences des gérants de fortune en Suisse». Notre gouvernement a également rappelé que la fortune est gérée principalement en Suisse et, pour une partie de celle-ci, par des sociétés étrangères. Il a enfin précisé qu’il appartient au Conseil d’administration de Compenswiss de décider comment placer ces deniers.

Filet de sécurité

Pour autant, Compenswiss ne peut pas faire ce que bon lui semble. La loi lui impose, en effet, d’investir l’argent de nos retraites de manière sûre. Il en va de même pour l’assurance invalidité et les allocations pour perte de gain. Mais elle oblige aussi cette institution à disposer des liquidités suffisantes pour pouvoir permettre aux caisses de compensation de payer les rentes en tout temps.

Ces deux tâches fondamentales ont donc nécessairement une incidence sur la stratégie de placement appliquée. Ainsi, pour garantir la protection du capital, les fonds sont investis de manière conservatrice, avec un horizon de placement à court ou à moyen terme, afin de pouvoir disposer rapidement de l’argent, si nécessaire. Voilà qui explique pourquoi le portefeuille AVS/AI/APG est composé de davantage d’actions et d’obligations à échéance courte que celui des caisses de pension qui ont, elles, la possibilité de placer les fonds de prévoyance sur le long terme (lire encadré).

Pour ces mêmes raisons, les fonds de compensation investissent peu dans les placements immobiliers directs ou les hedge funds. Ceux-ci sont certes plus rentables en moyenne, mais ils sont aussi moins liquides. Par conséquent, ils ne pourront pas être vendus rapidement en cas de besoin. Enfin, afin d’optimiser les coûts et d’assurer une surveillance plus efficace, les fonds AVS/AI/APG sont gérés en commun, même s’ils disposent, chacun, de leur propre bilan. 

Chantal Guyon