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Adieu ma banque

Selon une récente étude, 85% des banques estiment que le nombre de succursales diminuera fortement d’ici à 2020.

Après l’épicerie du coin, le guichet de la gare et celui de La Poste, les habitants des campagnes romandes vont-ils voir leur agence bancaire disparaître? Le baromètre des banques 2016, réalisé par le cabinet Ernst & Young, semble l’indiquer. Selon cette étude, réalisée en Suisse auprès de 120 banques, «85% des établissements interrogés prévoient que le nombre de filiales, de succursales et d’agences bancaires diminuera significativement d’ici à 2020».

Des propos qui ont trouvé récemment un écho marqué dans l’annonce de Raiffeisen. Tout en affichant un bénéfice record de 808 millions de francs, le troisième groupe bancaire du pays a prévenu qu’il fermera jusqu’à 250 de ses 994 agences ces cinq prochaines années. Cette décision s’inscrit dans une stratégie «d’adaptation du réseau de distribution» qui a déjà conduit à la fermeture de 200 points de vente depuis cinq ans. «Les fermetures concerneront plutôt les zones rurales en raison d’une fréquentation moindre que dans les agglomérations», nous a confié Philippe Thévoz, son porte-parole.

Déclin des guichets

Pour expliquer sa stratégie, Raiffeisen évoque, notamment, «le comportement des clients, qui change, avec le recours aux canaux électroniques pour les opérations de routine». L’entrée dans l’ère numérique a provoqué des changements d’habitudes profonds. «Combien de fois par an allez-vous encore dans une succursale bancaire?» résume ainsi Jean-Paul Darbellay, porte-parole de Credit Suisse. Le temps où les clients venaient retirer de l’argent au guichet avant d’aller faire leurs paiements à La Poste, carnet jaune en poche, semble aujourd’hui bien lointain. Avec l’e-banking, les contacts au guichet vivent un inexorable déclin. Logiquement, les banques s’adaptent, et le mouvement a débuté il y a plusieurs années déjà. Entre 2000 et 2015, huit des onze établissements bancaires que nous avons interrogés ont ainsi réduit le nombre de leurs succursales (lire encadré). La tendance globale est claire.

Les banques restent laconiques

Pourtant, les établissements se montrent plutôt laconiques lorsqu’il s’agit d’évoquer le sort de leurs succursales pour les cinq prochaines années. Personne, à l’exception de Raiffeisen, n’a accepté de nous fournir de chiffres. Pour résumer les réponses reçues, le total d’agences, au mieux, se stabilisera ou s’orientera vers une nouvelle réduction.

Ainsi, dans le Jura, à Neuchâtel et en Valais, le nombre de succursales des établissements cantonaux devrait rester stable (voir tableau). Dans le canton de Berne, il «devrait plutôt reculer dans les années à venir». La Banque Cantonale de Genève indique que la définition de sa stratégie est en cours et sa voisine vaudoise se borne à écrire qu’elle s’adaptera «aux évolutions de la démographie et des besoins des clients». Finalement, la Banque Cantonale de Fribourg n’a pas souhaité s’exprimer sur ce point.

En fait, la Banque Migros est le seul établissement approché qui a non seulement mené une politique d’expansion depuis 2008, passant, de 47 à 67 agences, mais qui, de surcroît, compte poursuivre dans cette voie: «Il reste un ou deux sites que nous voudrions réaliser», confie son porte-parole, Urs Aeberli.

De son côté, Jean-Paul Darbellay nuance: «La situation actuelle ne veut pas dire que toutes les agences vont disparaître, car il existe un besoin de proximité et de conseil.» Credit Suisse a donc décidé de réorienter les objectifs de certaines succursales en supprimant les guichets, – les retraits restent possibles, mais au bancomat –, et en transformant les lieux en centres de conseils personnalisés, pour les hypothèques et les placements par exemple. Et Raiffeisen explique développer également ses activités de conseil, «car cela correspond à l’évolution du marché et à une demande de la clientèle».

Sébastien Sautebin