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Une ONG sur mon testament

Les institutions d’utilité publique communiquent de plus en plus sur les legs. Décryptage du phénomène.

Vous êtes-vous déjà rendu à une conférence sur les successions organisée par une association active dans la lutte contre le cancer? C’est pourtant possible! Ces publicités en tout genre, informant des possibilités d’inscrire une organisation d’intérêt général sur son testament, pullulent, en effet, depuis quelques années. Droits de l’homme? Environnement? Aide aux personnes âgées ou même parti politique? Chacun trouvera son thème de prédilection.

Un milliard de francs en 2015

Ce genre de legs n’est pas une nouveauté en soi. Les organisations que nous avons interrogées disent en recevoir depuis des décennies. En revanche, les campagnes publiques sur le sujet sont relativement récentes. La plus importante est sans nul doute celle de MyHappyEnd, un regroupement d’une vingtaine d’associations (Pain pour le prochain, Greenpeace, WWF, etc.), qui organise chaque année la journée du testament. Le but? Informer et offrir un contact «à tous ceux qui désirent laisser un bon souvenir après leur mort».

D’après une étude de l’Université de Lausanne, ces «bons souvenirs» représentaient près d’un milliard de francs en 2015. Une manne parfois importante pour le budget des œuvres caritatives: 10% des fonds levés par MSF Suisse, 15% à 20% (selon les années) de ceux de la Ligue suisse contre le cancer et, carrément, 50% de ceux de l’Aide suisse aux montagnards.

Or, si ce succès n’est pas directement attribuable aux récentes campagnes de communication, elles semblent quand même avoir un effet: «Nous avons de plus en plus de demandes de renseignements à ce sujet», indique Damien Huaux, de Médecins sans frontières. Et Marie-Jo Girod, du CICR, est plus affirmative: «Le montant total provenant des legs a augmenté.»

Délicat mais plus tabou

Mais la mort n’était-elle pas un angle trop sensible pour la recherche de fonds? Les associations se montrent sereines: «Même si le sujet est toujours délicat, nous avons très peu de réactions négatives de la part de nos donateurs et de leurs proches, répond Marie-Jo Girod. Et il est plus facile d’en parler aujourd’hui qu’il y a cinq ans.» Même constatation pour Muriel Bonnardin, de Greenpeace: «Lorsque nous avons évoqué cette possibilité, il y a une vingtaine d’années, nous avons eu des réactions négatives. Actuellement, c’est beaucoup plus rare. Et, lorsque cela arrive, nous attachons beaucoup d’importance au dialogue avec les proches.»

Une démarche très personnelle

D’ailleurs, le droit suisse des successions protège les proches parents de tout excès (lire encadré). Mais, d’après Marie-Jo Girod, «le legs est souvent une décision mûrement réfléchie et discutée au sein de la famille ou du couple».

Par ailleurs, les responsables des organisations approchées insistent sur le lien très fort entre le choix de l’institution et le parcours de vie. Ivo Torelli, de l’Aide suisse aux montagnards: «Nos donateurs sont souvent des gens qui ont vécu en montagne durant leur enfance et qui souhaitent soutenir notre action.» Et Marie-Jo Girod va dans le même sens: «Récemment, nous avons été contactés par un donateur qui avait sévèrement souffert de la faim dans un camp de travail obligatoire durant la Seconde Guerre mondiale. Son legs au CICR lui permettait d’aider des personnes souffrant actuellement de la faim.»

Bernard Utz