
Le diesel enfume le Parlement européen
On sait, depuis des lustres, que les véhicules consomment nettement plus dans la vie réelle que dans les publicités. On a appris, il y a bientôt six mois, que les tests d’émissions polluantes pouvaient même être bernés par un petit logiciel dont le groupe VW a le secret. On pouvait donc s’attendre à ce que les politiques imposent des conditions plus strictes en la matière. Mais le lobbying de l’industrie automobile est si puissant qu’il est parvenu à faire plier le Parlement européen en sa faveur!
Dépassement jusqu’à 110% des normes
En effet, les eurodéputés ont accepté, le 3 février dernier, de relever la limite de tolérance des émissions d’oxyde d’azote (NOx). La norme Euro 6 qui prévoit un plafond de 80 mg/km pourra ainsi être dépassée de 110% – soit 168 mg/km! – de septembre 2017 à fin décembre 2019. Et dès 2020, les constructeurs auront encore une marge de 50% (120 mg/km) sur les directives d’Euro 6. Les moteurs diesels, directement concernés, ont de quoi souffler.
L’Association européenne des constructeurs automobiles (ACEA) peut se frotter les mains. C’est elle qui a œuvré en coulisses pour assouplir ces exigences en contrepartie de l’adoption du nouveau protocole de tests normalisés. Baptisé «WLTP», ce nouveau cycle vise à calculer la consommation – et donc les émissions polluantes – des voitures avec plus de réalisme. Il devrait entrer en vigueur en septembre 2017 et comprendra un test sur route dont les constructeurs ne voulaient pas.
C’était le moment!
Si l’assouplissement des normes est écologiquement rageant, l’introduction du WLTP est une bonne nouvelle pour le consommateur. A l’achat d’un véhicule neuf, il disposera ainsi de chiffres plus proches de la réalité pour évaluer son budget carburant.
Car, le protocole de test d’homologation actuel, le NEDC, fournit des données absurdes. La faute à son protocole aberrant: la voiture parcourt 11 km sur un banc d’essai à une vitesse moyenne de 33,6 km, la simulation sur autoroute ne dure que 10 secondes à 120 km/h et le passage de 0 à 50 km/h se fait en 26 secondes!
On comprend mieux pourquoi le décalage entre les données d’usine et la consommation réelle est actuellement si grand. En 2014, une étude estimait que l’écart se montait à 30% (lire «Omissions sur les émissions des voitures», TCF 10/2014). Autrement dit: un modèle annoncé à 6 l/100 km par le constructeur grille 7,8 l/100 km en usage courant! Le nouveau protocole WLTP devrait, en partie, corriger le tir, même si la réalité sera toujours plus gourmande…
yng


