
Je deviens banquier...
Le «crowdlending» permet aux particuliers de prêter de l’argent à des taux plus intéressants que ceux de l’épargne actuelle. Pour l’instant, seules de petites sommes peuvent être investies, non sans risque.
L’idée est simple, mais son développement ne s’explique peut-être que par deux raisons: les taux d’épargne quasi nuls en Suisse depuis quelques années (lire pages 4 et 5) et le développement récent de l’économie collaborative grâce à internet. Les plateformes de «crowdlending» (ou «P2P lending») proposent de court-circuiter l’entremise des banques et de mettre directement en relation emprunteurs et créanciers. Les quidams ou les PME qui ont besoin de financement font leur demande en ligne et les prêteurs potentiels les parcourent sur un site ad hoc.
Les plateformes suisses
Le leader helvétique en la matière se nomme Cashare. Lancé en 2008, il est, en outre, le seul à proposer ses services en français aussi (il est vrai assez approximatif, mais la majorité des utilisateurs sont germanophones). Des start-up romandes tentent de se lancer dans le crédit entre particuliers (wecan.fund ou swisscofunding.ch), mais elles en sont à leurs balbutiements, sans description de projets sur les sites pour l’instant.
Sur cashare.ch, les demandes d’argent sont listées selon le montant total de l’emprunt, sa durée, le taux actuel des prêts, le pourcentage du financement acquis et le temps restant avant la fin des enchères. Pour faire son choix, l’investisseur dispose, en outre, d’une description du projet ainsi que d’une note de solvabilité attribuée par le site, selon la situation financière de l’emprunteur.
Une fois le projet sélectionné, le prêteur choisit le montant qu’il souhaite investir et le rendement espéré. Mais, comme l’emprunteur fixe, lui aussi, le taux maximum qu’il est prêt à payer, mieux vaut restreindre ses prétentions, car les créanciers potentiels sont relativement nombreux par rapport aux projets à financer.
Répartir les risques
D’après Michael Borter, cofondateur de Cashare, 96% des prêts ont été remboursés régulièrement depuis 2008. Pour les 4% restants, «il faut considérer que la majorité des mesures prérogatives d’encaissement ont du succès, puisque les poursuites ne sont pas toujours nécessaires et que les cas qui entraînent l’établissement d’un acte de défaut de biens concernent moins de 5% des encaissements». Il convient toutefois de répartir les risques en investissant sur différents projets.
Prenons l’exemple (voir tableau) d’un investisseur cherchant à placer 20 000 fr. Plutôt que prêter la totalité de la somme à un seul emprunteur, il choisit 20 projets dans lesquels il place 1000 fr. Le taux moyen proposé est de 9% et la durée des prêts d’une année, remboursés mensuellement. S’il ne réinvestit pas l’argent qu’il reçoit chaque mois avant la fin de l’année, son rendement est de 988 fr., soit un taux annuel de 4,9%. Par comparaison avec le 0,01% proposé par les comptes d’épargne de certaines banques, le résultat est probant!
En revanche, si un des 20 emprunteurs ne peut plus payer ses mensualités, par exemple à la moitié de l’année, le taux annuel final devient moins intéressant. A la fin de juin, sur les 1000 fr., le débiteur a déjà remboursé 500 fr. et payé 24.70 fr. d’intérêts. Si un acte de défaut de biens est établi, le prêteur a donc perdu 475.30 fr. Son rendement annuel baisse alors à 512.70 fr., soit un taux annuel de 2,56%. Si notre investisseur est encore plus malchanceux et que deux emprunteurs font faillite à la moitié de l’année, son rendement s’effondre à 37.40 fr. sur l’année, soit 0,18%. Dans notre exemple, ce n’est qu’à partir de la troisième faillite que l’investisseur perd de l’argent.
Comme pour tout rendement élevé, la prise de risque est également importante. Outre la diversification, il faut donc évaluer avec soin les profils des différentes demandes de crédit et n’investir que l’argent dont on pourrait se passer en cas de perte. Mais difficile pour l’instant de placer des centaines de milliers de francs: le nombre de projets à financer reste, en effet, modeste, à l’instar des besoins.


