
10 Valpolicella Ripasso DOC + 2 Amarone «Pirates»: quand le Ripasso surpasse l’Amarone
Le succès de l’Amarone, riche vin rouge de la région de Vérone, a entraîné celui du Ripasso. Que faut-il préférer dans les supermarchés? Le grand ou le petit frère? Dégustation édifiante.
L’histoire ne repasse pas les plats, affirme le dicton. Dans ce cas, des vins de la Valpolicella – sorte de main ouverte descendant des Monti Lessini entre le lac de Garde et la province de Vicence –, le Ripasso tient sa revanche (lire encadré). Ce vin rouge revient en force, à la faveur des récents millésimes, climatiquement défavorables à l’Amarone: 2012, avec une vendange trop mûre pour supporter encore l’«appassimento» (séchage des raisins hors souche) propre à l’Amarone; 2013, hétérogène et froide, avec un séchage à l’air libre en automne périlleux sans l’apport de moyens mécaniques d’extraction de l’humidité et 2014, «catastrophique», où le raisin a subi la pourriture. Comme l’Amarone arrive sur le marché officiellement avec trois ans de décalage, la voie est donc ouverte au Ripasso pour ces trois prochaines années.
L’Amarone derrière
Dans les rayons des supermarchés, les caves qui fournissent l’Amarone proposent toujours du Ripasso. Pour cette raison, nous avons glissé, avec un plafond à 20 fr., deux «pirates» dans la dégustation, qui ne portait que sur les millésimes 2012 et 2013.
Or, quand on déguste (et compare) des ripassos avec ces deux «pirates» anonymes, il n’y a pas photo: les deux bouteilles d’Amarone terminent derrière le ripasso de la même enseigne! C’est d’autant plus criant pour la marque Borelli, d’Aldi: son Ripasso fait la course en tête, pour un remarquable rapport qualité-prix, tandis que son Amarone, démasqué par les dégustateurs, termine huitième. Il est à égalité avec un Ripasso de coopérative, importé par Coop, dont le «modèle» en Amarone se classe bon dernier: trop de sucrosité, trop d’alcool, avec une structure insuffisante pour tenir dans le temps!
On notera que le Ripasso Rocca Alata est un des deux seuls DOC, les autres étant DOC Superiore, soit plus riches en sucre au départ (11% au lieu de 10%) et à l’arrivée, après refermentation (13% au lieu de 12,5%), selon le «disciplinaire» très détaillé et revu régulièrement. Sa dernière version, de mars 2014, exige la mise en bouteilles dans la région de production… sauf exception, accordée de cas en cas par l’autorité. Le texte mentionne aussi qu’il est possible d’assembler 15% d’Amarone dans le Ripasso pour en améliorer la qualité (ou, autre lecture, éliminer un lot d’Amarone de qualité inférieure…).
Un trio à plus de 14 points
Deuxième classé, le Ripasso Bosan 2012, d’une maison réputée, Cesari, n’est pas très loin d’un Amarone moderne, pour un prix élevé (le plus cher des Ripassos en lice), avec des arômes intéressants et une bonne fraîcheur. Troisième, au prix médian des dix Ripasso jugés (12.45 fr.), le Conti Neri 2013, de Denner. Soit trois vins qui passent la barre des 14 points. Les trois suivants sont à 13 et un peu plus. Au final, six vins de bonne qualité, qui peuvent apporter du plaisir à table, notamment sur des plats hivernaux de pâtes ou des viandes en sauce.
A un degré d’alcool entre 13,5% et 14%, avec des méthodes œnologiques modernes, à un prix médian autour de 12 fr., le Ripasso est aujourd’hui bien armé pour supplanter l’Amarone dans les supermarchés. Pesant 50 millions d’euros (en 2014), la Suisse figure au sixième rang des importateurs des vins de la Valpolicella, derrière l’Allemagne et la Scandinavie.
Pierre Thomas


