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Une saine concurrence fiscale

Le Gouvernement zougois souhaite que les riches étrangers de son canton puissent obtenir un permis de séjour permanent sans devoir, comme les autres, attester de connaissances minimales en allemand. Un revenu annuel de 1 million de francs et une fortune de 20 millions: voilà les conditions pour éviter de suivre d’ennuyeux cours de langue.

Pour attirer les contribuables attrayants, on peut dire que le canton de Zoug a de la suite dans les idées! Mais, au fond, n’a-t-il pas raison? Au nom de quel principe désuet pourrions-nous affirmer que la langue est un critère d’intégration nationale plus pertinent que l’argent? Pour favoriser la saine concurrence fiscale intercantonale de notre pays, on pourrait même imaginer aller plus loin… Les étrangers disposant d’une fortune de plus de 50 millions et d’un revenu annuel de 2,5 millions pourraient, par exemple, automatiquement recevoir un kit comprenant 10 passeports suisses et un siège dans un Parlement cantonal. Les mieux intégrés, qui gagnent donc au minimum 10 millions et possèdent une fortune de plus 200 millions, devraient, pour leur part, siéger à l’exécutif. Et pour les milliardaires, qui partagent par définition les valeurs de la Suisse, la récompense évidente serait le droit de renommer leur canton de résidence à leur guise.

Comme tout amateur de récits dystopiques le sait, l’horizon des possibles est vaste en politique. L’important étant, ici, de ne jamais perdre de vue ce qui constitue notre identité!

Bernard Utz