
12 vins blancs originaux de supermarché: la grande lessive des blancs
Quels vins blancs insolites dans les supermarchés, sachant que les Suisses boivent une bouteille de blanc pour deux de rouges? La tentative se solde par une grande lessive…
Il n’y a pas que le chasselas, le chardonnay, le sauvignon et les spécialités valaisannes. Tous ces vins blancs doivent bien représenter 90% des vins proposés dans les supermarchés.
Les vins liquoreux mis de côté, en blanc sec, que reste-t-il? Nous sommes allés grappiller quelques flacons, plus ou moins insolites. Le résultat des courses, et d’une dégustation à l’aveugle, place en tête le vin le plus juvénile, un torrontés argentin de 2015, récolté au printemps (l’automne dans l’hémisphère sud), avec une note de 14.5. Ce vin, légèrement aromatique et amer en finale (comme tous les cépages aromatiques!), est, toutefois, meilleur jeune, comme en témoigne le classement du second torrontés (9e), déjà fané.
Des blancs de noirs mal lotis
Mais même à la 9e position, il fait mieux que les blancs de merlot du Tessin! Cette «spécialité» est un ovni (pour «objet vinifié non identifiable»): d’un cépage rouge, on tire un vin blanc, rendu très pâle par décoloration au charbon. Un «truc» œnologique qui devait d’abord permettre au canton d’être autosuffisant en blanc, là où le merlot représente 90% du vignoble. Puis, le succès de ce vin en Suisse alémanique aidant, toutes les grandes caves se sont mises au «merlot bianco», aujourd’hui un gros quart du vin tessinois. Le procédé permet aussi de trier la vendange: on fait un premier passage pour cueillir des grappes qui ne supporteraient pas une longue maturation en rouge. Hélas, les deux derniers millésimes, et particulièrement 2014, ont été compliqués en Suisse. Au froid de 2013, année tardive, a succédé 2014, très pluvieuse, avec son cortège de maladies. D’où, vraisemblablement, les piteux résultats lors de notre dégustation.
La vinification de raisins à peau noire et à jus blanc donnant ainsi le bien nommé «blanc de noirs» a été essayée ailleurs. La Cave de Genève, grâce à un gamay – cépage non mentionné sur l’étiquette! – s’en tire, elle, avec les honneurs, à la deuxième place. On précisera que les dégustateurs ignoraient qu’ils avaient affaire à des blancs de noirs.
Entre Afrique et cinéma
Deuxièmes ex æquo, deux vins qui racontent leur propre histoire. En Afrique du Sud, le chenin a été amené par les Français, très tôt, au XVIIe siègle. On le cultive sur 18 000 hectares, soit davantage que l’entier du vignoble suisse! A part ceux provenant d’Afrique du Sud, peu de chenins dans les supermarchés, sauf quelques rares vins liquoreux de la Loire.
A égalité pointe le vin blanc le plus ambitieux et le plus cher (29.90 fr.) de cette dégustation. Encore un cépage pur, le rolle, appelé aussi «vermentino» sur le pourtour de la Méditerranée, traité en haut de gamme, par un trio ainsi résumé sur la contre-étiquette: Pitt-Jolie-Perrin. Les deux premiers, qui ont fait d’une propriété de 600 hectares en Provence leur résidence d’été, sont connus des cinéphiles. Quant à la famille Perrin, dont le fief est Beaucastel, à Châteauneuf-du-Pape, elle produit une vaste gamme de vins dans le sud de la vallée du Rhône. De tous les blancs dégustés ici, c’est le seul qui mérite d’être réservé à la table, et non à l’apéritif!
Des curiosités pour les Romands
Pour des Romands, le grüner veltliner autrichien et le riesling x silvaner alémanique sont des vins exotiques, alors qu’on les trouve aisément outre-Sarine. La Suisse (alémanique) est même le deuxième marché des vins autrichiens (loin derrière l’Allemagne). Quant au riesling x silvaner, rebaptisé «müller-thurgau», il est cultivé sur 473 ha en Suisse (dont il faut déduire 40 ha où il subsiste en Suisse latine). Pour faire bonne mesure, on y a ajouté un pinot gris bio de Neuchâtel 2014 et un doral (chasselas croisé avec du chardonnay) vaudois 2013. Dans la deuxième partie du classement, ils ont souffert de la qualité de leur millésime.
Pierre Thomas


