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Comment se ruiner en 3 étapes

La plongée de l’euro peut avoir des conséquences désastreuses pour qui est forcé, aujourd’hui, de revendre un bien immobilier acheté en France et financé par un prêt en francs suisses.

207 000 fr. et des poussières: c’est la somme perdue en l’espace de cinq ans seulement par un lecteur genevois de Troinex, victime de la dégringolade du cours de l’euro face au franc suisse.

1 Prêt en francs
En 2010, il décide d’acheter, avec son épouse, une maison en France voisine. Elle leur coûte 525 000 €, prélevés sur leurs économies (13%) et leur 2e pilier (31%), le tout complété par un emprunt au Crédit Agricole (56%). Comme tous les deux travaillent en Suisse et touchent leur salaire en francs, la succursale du Crédit Agricole des Savoie de La Roche-sur-Foron (F) leur recommande de contracter le prêt en devises suisses. Ainsi, ils se mettent à l’abri des risques: en effet, si l’emprunt était effectué en euros, une éventuelle chute du cours du franc suisse rendrait délicat le remboursement périodique de leur prêt.

2 Revente forcée
Le devenir des relations humaines semble, parfois, aussi difficile à prévoir que l’évolution du cours des devises. En 2014, le couple se sépare et doit revendre la maison. Dans un contexte peu favorable (lire à ce sujet «Les avantages des frontaliers suisses s’amenuisent», TCF 9/2014), les acheteurs ne se bousculent pas. L’un d’eux rachète finalement la maison pour 500 000 € en mai 2015. Soit une perte nette de 25 000 €. Mais le pire est à venir…

3 Chute de l’euro
Ces 25 000 € exceptés, le produit de la vente de la maison aurait, normalement, dû suffire à rembourser l’emprunt – d’autant plus que, en cinq ans, notre lecteur et son ex-épouse avaient déjà restitué 68 700 fr. au Crédit Agricole, soit près du cinquième de la somme due. Oui mais voilà: la dégringolade de l’euro est passée par là. Et ce sont des francs suisses qui ont été empruntés pour payer la maison! Autrement dit, elle a coûté quelque 730 000 fr. à notre lecteur en 2010, lorsqu’un euro s’échangeait contre 1.40 fr. Mais sa revente, elle, ne lui a rapporté que 527 000 fr. en mai 2015, lorsque le même euro ne valait plus que 1.04 fr. Soit une perte de plus de 200 000 fr., qui n’a pas particulièrement ému sa banque. Contraint de rembourser immédiatement sa dette, il n’a pas revu la couleur de ses fonds propres, et n’a même pas pu récupérer l’intégralité du 2e pilier qu’il avait investi dans sa maison!

Vincent Cherpillod