
Comparis attribue des notes douteuses
Dans sa section immobilière, Comparis évalue de façon très lacunaire le prix de certains objets proposés par des sites spécialisés. Or, l’annonceur qui souhaite modifier quoi que ce soit se trouve face à un mur!
Louis Bolomey (nom changé), qui habite dans la banlieue de Saint-Gall, est amer: il a déposé sur le site immobilier Homegate une annonce pour louer un logement de 5,5 pièces, dans une propriété de quatre unités à Wetzikon (ZH), standard supérieur à la moyenne, cave et local pour les loisirs inclus.
Etonné par la faible réaction, il découvre que son annonce figure également sur le site de Comparis, flanqué d’une note de 3,2 sur 6. Autrement dit: l’objet n’est pas intéressant, parce qu’il est trop cher par rapport aux prix indicatifs. Du coup, notre lecteur comprend mieux pourquoi sa proposition intéresse si peu de monde…
En soi, le procédé est légal: Comparis va «piquer» les annonces – de location comme de vente – sur les sites spécialisés et les intègre dans son propre comparateur, tout en citant la source. Et, parfois, il les «bonifie», si l’on ose dire, d’une note variant – comme à l’école – entre 1 et 6, en fonction du prix demandé par rapport à l’ensemble de ceux proposés sur internet et situés dans le secteur concerné.
Critères réduits
Le problème vient des critères de comparaison, trop réduits pour autoriser un tel exercice. Il se fonde, en effet, sur un numéro postal et une surface d’habitation, parfois (si les informations sont disponibles) sur la présence d’un balcon, d’une cheminée, d’un ascenseur ou d’un jardin. Mais rien sur d’autres éléments très importants comme le genre d’objets, son équipement, la qualité de la construction, la situation concrète, la proximité des transports publics, etc.
Dans le cas de notre lecteur, non seulement l’équipement est supérieur à la moyenne, mais la construction correspond à des critères écologiques et il dispose d’une grande terrasse. Autant d’éléments qui expliquent, notamment, la différence de prix avec la moyenne des autres logements.
Or, Louis Bolomey n’est pas seul dans son cas. Ainsi, Homegate a écrit à un autre annonceur dans la même situation: «Pour de nombreux clients, l’évaluation de Comparis est une véritable épine dans le pied.» Et l’Association suisse des propriétaires fonciers (HEV) estime, elle aussi, que trop d’éléments importants sont ignorés.
Le droit de l’annonceur
Quoi qu’il en soit, notre lecteur veut que cette note disparaisse au plus vite et en fait officiellement la demande à Comparis. Il est soutenu, dans ce sens, par l’avis de Hanspeter Thür, préposé à la protection des données: le traitement des données provenant de sites accessibles au public est admis, pour autant que la personne concernée ne s’y oppose pas. Si cette personne en exige la suppression, elle doit obtenir gain de cause (lire encadré).
L’argument n’a, toutefois, pas suffi à convaincre Comparis, qui a refusé de retirer son évaluation. «Nos notations sont appréciées, déclare son porte-parole, Felix Schneuwly. Elles contribuent à la transparence du marché immobilier et doivent être considérées comme d’intérêt public.»
Mais qu’est-ce qu’on appelle «l’intérêt public»? En tout cas pas d’induire le consommateur en erreur avec des comparaisons bancales. Or, c’est précisément ce qui est reproché à Comparis. «Il n’est pas possible d’obtenir une évaluation sérieuse avec des critères aussi superficiels, critique Lorenz Heim, de la société de conseil VZ. Le résultat n’est pas assez précis et tient plus du gadget qu’autre chose.»
Des doutes confirmés par Ursula Widmer, avocate et maître de conférence sur le droit d’internet à l’Université de Berne: «Pour son évaluation, Comparis ne tient pas compte de critères importants et se fonde uniquement sur certaines informations, pour autant qu’elles soient disponibles dans l’annonce. Du coup, les objets ne sont pas tous comparés de la même manière.» Certes, le site explique sa façon de faire, mais cela ne suffit pas à combler les lacunes. Ce qui ne semble pas poser de problème à Felix Schneuwly, qui estime que «les notes ne sont qu’une aide à la décision».
Un flou juridique
Le problème, comme souvent dans ces cas, c’est que seul un tribunal pourrait décider si cette évaluation est trompeuse ou non. Or, aucune plainte n’a été déposée à ce jour. Il en va d’ailleurs de même pour la question de savoir si Comparis a le droit de retravailler et de publier une annonce contre la volonté de son auteur.
Louis Bolomey a donc utilisé une astuce pour se sortir du pétrin. Il a modifié son annonce en qualifiant son logement, une maison contiguë sur deux étages, de «maison partielle» (Hausteil, en allemand). Et, comme le programme de Comparis n’a pas évalué d’objets similaires, il n’a donc plus noté celui de notre lecteur!
Johannes Plott / cc


