
12 tempranillos espagnols: à la bonne auberge espagnole
Les ventes de vins rouges espagnols progressent dans les supermarchés suisses. Ils ont, souvent, un rapport qualité-prix plus favorable que les italiens et les français.
Cette dégustation a eu lieu le dimanche 4 octobre, en public, au Salon Plus, au Palais de Beaulieu à Lausanne. Une chambrée de curieux et de passionnés a pu déguster dans les mêmes conditions que le jury, qui travaillait en public, et donc sous contrôle. Or, le vin classé en tête a plu à la fois au jury et au public. Pourtant, des deux bouteilles, celle du public s’est montrée la plus flatteuse, avec des arômes exubérants. D’où un bémol à propos de ce vin, labellisé Bio Bourgeon par Coop Suisse: sur deux bouteilles, ouvertes en même temps, les caractéristiques organoleptiques se sont révélées notablement différentes…
Vastes régions
La moyenne générale des notes est supérieure aux dégustations à thème de Tout Compte Fait. Rien d’étonnant, quand on sait que l’Espagne, avec le seul vignoble de la planète dépassant le million d’hectares, produit, en général, près de 20% de moins que ses suivants immédiats, l’Italie et la France. On peut donc dénicher de vieux ceps, de plus de 40 ans, produisant naturellement peu de raisin, dans toutes les régions de la péninsule Ibérique, et pas seulement dans les dénominations les plus connues!
Le vin le mieux classé provient de la région de Valence. Et il est bio! Le deuxième, champion absolu du rapport qualité-prix, vendu par Lidl à un centime sous les 4 fr., est né dans La Mancha, la plus grande région viticole d’un seul tenant du monde, au sud de Madrid: un acheteur avisé peut y faire ses emplettes et choisir le meilleur au… meilleur marché. Voilà qui vaut aussi pour la marque Pata Negra. Le grand groupe García-Carrión (leader du jus d’orange!) a dû aller jusqu’au plus haut niveau de la justice pour faire reconnaître comme marque déposée ce qui l’était déjà pour un autre produit, le fameux jambon, et pour une enseigne de vin répandue aux quatre coins de l’Espagne. Ce tempranillo Oro, élaboré dans la dénomination d’origine Valdepeñas, n’est, du reste, pas le plus connu parmi les Pata Negra… Il est encadré, dans le tableau, par deux vins de la dénomination d’origine Cigales. Elle est moins réputée que Toro, petite dénomination à la mode qui cultive sa propre variété de tempranillo, la Ribera del Duero ou la Rioja (lire encadré).
Question d’alcool et de styles
On remarquera aussi que les vins mieux classés sont peu alcoolisés et que le style des vins, dessiné en cave par l’élevage en barrique – de chêne parfois français mais le plus souvent américain, voire par aromatisation par copeaux… – ne convient pas à tous les dégustateurs.
Les riojas estampillés «tempranillo» s’en sortent plutôt mal, en queue de classement. Quant au Marqués de Riscal, c’est son étiquette (bleue) du centre de l’Espagne (dans la Rueda) qui se classe 8e ex æquo, et non l’un des vins de son autre domaine historique de la Rioja.
Et si l’auberge est, en ce sens, espagnole, la plupart des vins révélaient les caractéristiques du cépage, véritable porte-drapeau, frais et fruité, jeune, rond et agréable au vieillissement. Mais nous n’avions aucun vin de Toro ou de la Ribeira del Duero, prestigieuses dénominations où il est présent souvent à 100%. A dessein, puisque nous leur réservons d’ores et déjà une prochaine dégustation en 2016!
Pierre Thomas


