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Quand le virtuel se mêle au réel

La technologie s’invite peu à peu dans le monde du tourisme. Grâce à la réalité augmentée, des informations invisibles deviennent accessibles. Test de quatre applications proposées en Suisse romande.

Difficile de se représenter une forteresse sur la base de quelques vestiges. Mais l’expérience est tout autre lorsque, grâce à une application, le visiteur peut se promener entre les bâtiments du Castrum d’Yverdon-les-Bains et découvrir l’intérieur des anciennes murailles (lire encadré 1). C’est le principe de la réalité augmentée, consistant à superposer sur un paysage des données numériques, que seul un smartphone ou une tablette peuvent dévoiler.

Contrairement aux guides et aux autres applications utilisant la géolocalisation, la réalité augmentée se base sur la reconnaissance d’images. Le logiciel identifie des marqueurs comme des bâtiments ou des panneaux signalétiques. Et tout va bien tant que l’environnement ne pose pas problème. Mais la météo (neige et luminosité) ainsi que les installations temporaires (échafaudages) peuvent perturber le logiciel, s’ils n’ont pas été préenregistrés. Le GPS, la boussole et l’accéléromètre des smartphones et des tablettes permettent, alors, de surmonter ces difficultés, en repérant la position de l’usager et l’axe (vertical et horizontal) dans lequel il pointe son appareil.

Le prix de l’innovation

Bien que leur téléchargement soit gratuit, ces applications coûtent entre 50 000 fr. et 120 000 fr. Un prix que même des petites communes sont prêtes à débourser, comme Inden, village du district de Loèche comptant environ 150 habitants. Il est vrai que la réalité augmentée est non seulement un atout de marketing, mais permet aussi de contourner des obstacles concrets, comme l’impossibilité légale, financière ou écologique de reconstruire une partie des éléments historiques. En revanche, la dépense est moins justifiée lorsqu’elle est utilisée uniquement pour afficher de manière ludique des informations disponibles sur une carte.

Bien que ce concept existe depuis plus de dix ans, les offres disponibles dans le domaine touristique sont rares, en Suisse romande du moins. Nous en avons dénombré quatre, à distinguer d’autres logiciels qui se contentent de donner des informations sur des points précis, comme PeakFinder, Swiss Art To Go, les guides des cantons de Vaud et de Fribourg ou encore Y-way (détails dans notre bonus web).

Christelle Maillard

1 Visite du castrum romain (Yverdon-les-Bains)
Les vestiges de la forteresse militaire sont peu représentatifs et une reconstruction
partielle de la muraille était impossible légalement, car elle se trouve au milieu de
la ville. La commune a donc préféré passer par la réalité augmentée, en proposant une visite d’une heure, longue de 1,6 km (à plat), en 10 étapes.
Application (1): Storiabox [MTIS, qui a également développé huit autres balades: Yverdon (VD), Orbe (VD), La Chaux-de-Fonds (NE), Porrentruy (JU), Les Bois (JU), Roselet (JU) et deux à Saint-Ursanne (JU)].
Téléchargement (2): 30 secondes pour le logiciel, puis 9 minutes pour l’itinéraire. Sur place, pas besoin d’une connexion internet (mais l’utilisation du GPS est nécessaire pour utiliser la réalité augmentée).
Langues: F, D, E.
A disposition: deux guides virtuels, images et dessins historiques, photos de musées, explications audio, quiz, cartes, reconstitutions et immersion 3D.
Points forts: un guide raconte l’histoire des lieux, ce qui permet aux enfants et aux aînés de conduire la visite, puisque tout est fait oralement. Avec l’immersion 3D, l’usager peut se balader à l’intérieur de la muraille. Contenu très varié.
Points faibles: manque de stabilité, car la reconstitution tremble sur l’écran même lorsque que l’utilisateur ne bouge pas. Il est possible de corriger ce problème en appuyant sur un stabilisateur en forme de bonhomme mais l’astuce n’est pas communiquée. Aucune information dans la ville concernant le parcours ou l’application: l’usage du GPS et de la carte est donc recommandé.

2 Via Le Gruyère et Via l’étivaz
Deux itinéraires pour retracer les chemins historiques utilisés pour le
transport du fromage. Au total, 21 randonnées réparties sur le territoire
fribourgeois. Elles durent entre 50 minutes et 4 heures pour des marches allant de 3 km à 10 km avec différents dénivelés. Des points d’intérêts sont proposés durant le parcours sur la carte ou à travers la réalité augmentée.
Application (1): les Vias du fromage (EDSI-tech).
Langues: F, D, E.
Téléchargement (2): 90 secondes Sur le terrain, pas besoin d’internet sauf pour avoir des informations sur les points d’intérêts. Le GPS est fortement conseillé pour la marche et obligatoire pour la réalité augmentée.
A disposition: descriptifs des itinéraires, cartes, images, une vidéo, agenda culturel et des propositions de points d’intérêts. Deux modes: classique et rando-jeux (chasse au trésor en plus).
Points forts: liaison avec les transports publics, points d’intérêt en fonction de l’heure, de la météo et des intérêts de l’usager. Le mode rando-jeux permet de gagner de petits prix, telle une collation.
Points faibles: utilisation peu intuitive de l’application, difficulté à trouver les points de départ des marches. Aucune information sur le terrain. La réalité augmentée n’est pas vraiment utile dans le mode classique, car tout figure sur la carte. Mais, dans le mode rando-jeux, elle se justifie, puisque le visiteur doit trouver des sites importants.

 
3 Rencontres & Inspirations
Rénovation de l’ancienne balade des poètes entre Lutry et Villeneuve, avec des contenus interactifs pour rappeler les hôtes célèbres qui ont vécu dans la région.
Au total, 19 bancs ont été inaugurés et 12 autres seront installés d’ici à 2016.
Application (1): Rencontres & Inspirations (Restons sérieux Sàrl et 30 Hills).
Langue: F.
Téléchargement (2): 2 minutes 22 secondes. Sur place, pas besoin d’internet. GPS indispensable pour trouver les sites.
A disposition: extraits audio et vidéo, images, interviews, anecdotes et une carte interactive.
Points forts: originalité des panneaux, découverte de sites avec une belle vue sur le lac Léman.
Points faibles: peu d’informations sur l’utilisation de l’application. La réalité augmentée est très sensible: dès que l’usager bouge un peu son appareil, les contenus disparaissent.


4 Prochain arrêt Inden (Loèche)
Découverte de l’ancienne ligne ferroviaire entre Loèche et Loèche-les-Bains. La balade s’étend sur 4,8 km et dure environ 1 heure 30. Amadé, ancien conducteur du train à crémaillère, raconte son histoire aux six postes du parcours.
Application (1): Inden (Map SA).
Langue: F, D, haut-valaisan.
Téléchargement (2): 2 minutes 45 secondes. Wifi gratuit au départ de la marche. Internet et GPS inutiles.
A disposition: guide virtuel modélisé en 3D, explication du véritable conducteur du train, images historiques, sons du train.
Points forts: parcours très bien indiqué avec des panneaux sur l’utilisation de l’application et un emplacement au sol pour savoir où se placer.
Points faibles: pour des raisons financières, on ne voit le train qu’une seconde défiler à toute vitesse! Une fois la lecture du panneau lancée, impossible de revenir en arrière avant qu’elle ne soit terminée.

(1) Application téléchargeable gratuitement sur l’App Store et Play Store.
(2) Test mené avec un iPhone 5C et un excellent réseau wifi.

Bonus web: PeakFinder, Swiss Art To Go