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Les phtalates nuisent à la fertilité

santé Exposés aux phtalates à l’état de fœtus, les mâles peuvent connaître des problèmes de fertilité à l’âge adulte. Une étude genevoise le confirme.

«Les fœtus mâles exposés au phtalate DEHP, le plus souvent utilisé dans l’industrie, ont connu une baisse de 50% de spermatozoïdes à l’âge adulte», révèle Ariane Giacobino, médecin adjoint agrégé au Service de médecine génétique des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), qui vient de publier une étude sur l’impact du DEHP (lire encadré) sur la fertilité masculine.

Pourtant, les résultats de cette recherche, qui s’ajoute à celles menées depuis des années par d’autres scientifiques à travers le monde, auront peu d’impact sur l’exposition aux phtalates. Pour que les femmes enceintes, les hommes et la population en général n’y soient plus exposés, il faut purement et simplement interdire cette famille de substances. En voici les raisons.

L’étude

La principale nouveauté de l’étude conduite sur l’ensemble du génome par la généticienne Ariane Giacobino, c’est la vision globale des modifications épigénétiques induites par les phtalates. Elle démontre que «les individus sont inégaux devant les risques liés aux expositions environnementales». Ce travail précise aussi que «la grossesse est une période clé durant laquelle l’exposition à des facteurs environnementaux peut être associée à des maladies à l’âge adulte».
L’étude a consisté à exposer deux souches différentes de souris à 300 mg/kg de poids corporel de DEHP (phtalate de di-2-éthylhexyle) du 9e au 19e jour de grossesse. «Transposé à l’humain, cela représente le premier trimestre de gestation», précise Ariane Giacobino. Les phtalates ont provoqué des modifications épigénétiques de certains gènes chez l’une des souches exposées et non chez l’autre. «Il y a, du coup, matière à approfondir les recherches, poursuit l’auteure, ajoutant qu’il s’agit désormais de savoir si l’impact est également transgénérationnel.»

Ce que sont les phtalates

Les dérivés d’acide phtalique composent une grande famille de produits chimiques utilisés dans l’industrie plastique comme assouplissants. Le plus connu et le plus utilisé est le DEHP (substance testée aux HUG). On trouve encore les DEP, DBP, BBP, DINP, DiDP, DBP, DEP, DMEP, DPHP, DNOP. Ils permettent également d’améliorer la tenue aux chocs et au froid des plastiques ainsi traités. Environ
3 millions de tonnes sont produites par an et 90% de cette quantité totale est destinée à la fabrication de PVC.

Le deuxième domaine d’application: les cosmétiques, où ils sont utilisés comme agents fixateurs, augmentant ainsi le pouvoir pénétrant d’un produit sur la peau. Le diéthylphtalate (DEP) sert également à rendre les parfums impropres à la boisson en altérant leur alcool.

Où ils se trouvent

Dans les emballages évidemment, mais aussi dans un bon millier d’articles de la vie courante: couches- culottes, chaussures, textiles imperméables, jeux, nappes, meubles, objets de décoration, encres d’imprimerie, peintures, adhésifs, médicaments, amalgames dentaires, poches de perfusion hospitalières, détergents, parfums, déodorants, shampooings, savons, vernis à ongles, lotions pour le corps, etc.

Impossible de les éviter

Non. En 2011, les résultats d’une étude publiée par Réseau environnement santé, menée dans le monde entier, démontraient qu’entre 90% et 100% de la population était imprégnée de phtalates.

Interdiction nécessaire

La seule manière de ne plus y être exposé, c’est de les interdire. Mais «la famille des phtalates regroupe de nombreuses substances, explique Daniel Dauwalder, porte-parole de l’OFSP. Si la toxicité de certaines d’entre elles est avérée, dont le DEHP admis comme étant toxique pour la reproduction, d’autres sont reconnues comme totalement inoffensives. Une interdiction globale des phtalates n’est donc pas envisageable.»

Le DEHP est, quant à lui, fortement réglementé, voire interdit dans de nombreuses utilisations domestiques. De même dans les jouets destinés aux enfants en bas âge dans l’Union européenne, il est autorisé en Suisse pour la même utilisation, et ce à une dose maximale de 0,1%. Une restriction sujette à controverse puisque, en tant que perturbateur endocrinien, le DEHP a une action délétère à très faible dose déjà.

Annick Chevillot

Bonus web:
Etude complète en anglais et imprégnation de la population mondiale aux phtalates
sur bonasavoir.ch