
12 heidas-païens et petites arvines: bonnet blanc, blanc bonnet?
Le Valais se signale depuis vingt ans par des «spécialités» blanches d’un grand intérêt. Petite arvine et païen se retrouvent dans les rayons des supermarchés. Notre palmarès.
Des vins blancs valaisans, il n’y en a pas tant que cela dans les supermarchés. Selon le nouvel Observatoire suisse du marché, ce sont les Vaudois qui arrosent les rayons avec leur chasselas (55%), laissant une place modeste à leurs voisins (37%, dont 60% de fendant). Et selon l’Observatoire valaisan du marché, la petite arvine et le païen ne représentaient, en 2014, que 1,7% (484 000 litres), respectivement 1% (294 000 litres) de tous les vins blancs (suisses et étrangers) dans les principaux supermarchés (sans Aldi et Lidl). Ce qui signifie que 35% à 40% des deux cépages sont écoulés dans les grandes surfaces.
Avantage net au païen/heida
Petite arvine et païen/heida (les deux noms sont reconnus et figurent parfois ensemble sur l’étiquette) sont souvent proposés dans la même ligne de vins (Fleur du Rhône et Bibacchus, chez Coop, Grand Métral de Provins chez Aligro, Carmelin chez Denner), sous une étiquette où seule diffère la mention du cépage, mais ni la ligne graphique ni même le prix! Comme si, pour ces deux cépages, c’est bonnet blanc, blanc bonnet. Ainsi, seule la dégustation devrait permettre de les différencier. On l’écrit au conditionnel… Car notre jury, qui avait connaissance du cépage, a montré très peu de différences gustatives entre ces deux vins blancs.
Honneur au vainqueur: c’est le seul 2013 bien classé. C’est aussi le plus récent millésime de ce savagnin mis sur le marché par Provins-Valais, fruit de la collaboration de l’œnologue vedette de la coopérative (un quart de la production valaisanne!), Madeleine Gay, qui vient de prendre sa retraite, et de la consultante (et journaliste) zurichoise Chandra Kurt. Acheté chez Globus, il est aussi vendu par Manor et par Aligro, sous le même millésime 2013. Il est, de loin, la meilleure des 12 bouteilles commentées dans le tableau. Le plus cher aussi (21.90 fr.), à peine moins que la petite arvine 2014 de Jean-René Germanier (22.50 fr.), en queue de peloton, parce qu’elle souffre d’un manque de typicité.
Les quatre premiers rangs sont occupés par des savagnins blancs, soit le traminer, que les Valaisans nomment «Heida» en allemand, et païen en français. Moins exigeant dans le terrain que la petite arvine, ce cépage a connu un développement fulgurant, ces dernières années en Valais. Sa fraîcheur, son acidité, ses arômes de fruits exotiques vont croissants avec le temps, à l’inverse de la petite arvine, pour laquelle on s’attend à des arômes explosifs de citron vert, de grapefruit, de rhubarbe, dans sa jeunesse, avec de la salinité en finale.
2014 fatal à la petite arvine
Dans l’ensemble, la petite arvine a déçu. Parce que la loi valaisanne tolère le coupage de 15% avec un autre cépage blanc (lire encadré)? Ou parce que le millésime 2014, frais et humide, n’a pas permis à ces arômes primaires si recherchés de se développer? Au Grand Prix du vin suisse 2015, dont les vainqueurs seront connus le jeudi 29 octobre au soir, aucune petite arvine sèche ne figure parmi les six finalistes des cépages blancs!
Autre confirmation: dans les duos Fleur du Rhône, Bibacchus, Grand Métral et Carmelin, c’est, à chaque fois, le païen qui est mieux noté que la petite arvine. Pour le vin de Denner (Carmelin), l’égalité au niveau du producteur, de l’étiquette et du prix se retrouve même dans la note de dégustation (13 sur 20), pour un prix d’entrée de gamme. Sélectionnée par Coop Bâle, l’étiquette Fleur du Rhône fait mieux (pour plus cher), en plaçant les deux cépages dans le haut du tableau. Dans ce cas aussi, le païen s’en tire mieux, grâce à sa structure acide et à ses arômes plus plaisants que ceux de la petite arvine.
Pierre Thomas


