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Le compte n’y est pas

Bâloise Assurances offre le droit de timbre fédéral aux clients qui souscrivent à son produit Baloise Safe Invest. Il n’empêche: le capital garanti à la fin du contrat ne correspond même pas à l’investissement de base.

Depuis 2011, Bâloise Assurances propose régulièrement de souscrire à des tranches de son produit Baloise Safe Invest, une assurance vie à prime unique. La dernière remonte à août dernier.

L’argent des clients est placé dans un produit indiciel qui investit dans les matières premières, l’immobilier et les titres. Pour attirer le quidam, la société annonce un «potentiel de gain illimité». Le dépliant promotionnel le souligne: «Outre la prestation garantie à l’échéance du contrat, vous profitez du potentiel de gain des marchés des capitaux.»

Pour achever de le convaincre, la société fait encore miroiter les gains qu’on pourrait réaliser par une démonstration qui en jette: avec le versement d’une prime unique de 100 000 fr. et un rendement annuel de l’indice de 3,5%, le client recevra au final un capital de 126 813 fr. en cas de vie. Et, si ce même rendement atteint 7,5%, scénario le plus optimiste proposé par l’assureur, son bas de laine gonflera alors à 185 287 francs.

Un capital qui fond

Fantastique! Dans les faits pourtant, l’assuré risque bien d’avoir quelques désillusions à l’échéance du contrat. En effet, les plus-values mises en avant ne sont que des pronostics, sans la moindre garantie. Or, plusieurs exemples, ces dernières années, ont démontré que la participation aux excédents est surévaluée par les compagnies dans le but de rendre leurs produits attractifs. Les clients risquent, par conséquent, de ne pas en voir la couleur. L’assureur ne garantit d’ailleurs qu’un capital de 93 000 fr., ce qui représente tout de même 7000 fr. de moins que ce que le client a déboursée au départ!

En effet, sur la totalité de la somme versée, seule une partie est consacrée à l’épargne, et donc rémunérée. Le reste sert à couvrir des frais divers ainsi que le risque de décès, puisqu’il s’agit d’une assurance vie mixte. Si l’assuré venait à mourir pendant la durée du contrat, les survivants toucheraient alors un montant de 112 500 fr., précise d’ailleurs le prospectus.

En revanche, il se garde de bien de mentionner la part des 100 000 fr. qui est réellement investie dans ce fameux produit indiciel. Selon nos calculs, elle est exactement de 89 900 fr. Ce qui signifie que Bâloise Assurances conserve 10 100 fr., pour elle, soit plus de 10%. Ce qu’elle confirme par l’intermédiaire de son porte-
parole Patrick Pensa. Selon lui, ce montant figure dans le «factsheet» du fonds, lequel précise que «la participation est de 89,9%». Et les clients «en sont informés durant l’entretien avec leur conseiller», indique-t-il également.

Bon prince, la Bâloise offre, par ailleurs, «le droit de timbre de 2,5% dû à la conclusion du contrat» (2500 fr.). Il reste toutefois 7600 fr. à la compagnie pour couvrir ses frais et le risque décès ainsi que pour prélever sa marge.

Et ce n’est pas tout! Dans un courriel envoyé à ses partenaires commerciaux et à ses vendeurs, que nous nous sommes procurés, la firme mentionne le versement d’une commission de 1,2% pour chaque contrat conclu. Un montant prélevé également sur la somme versée au départ par le client.

Soyez malin

De manière générale, les assurances vie mixte ne sont donc pas un bon placement. Pour retrouver, le plus souvent, sa mise de départ avec, en bonus, un petit supplément, il est préférable de couvrir le risque décès uniquement et de placer le solde disponible, après déduction des primes, dans des placements sans risque, des obligations de caisse, par exemple. Le rendement n’est certes pas énorme, mais la Caisse d’épargne de Cossonay proposait tout de même, le 10 septembre dernier, un taux d’intérêt de 1,375% sur 10 ans.

Johannes Plott / CG