
13 comptes d’épargne jeunesse : quand l’épargne est grignotée par le coût de la vie
Les comptes d’épargne classiques ne rapportent presque plus rien. mais, comme l’inflation est plate, voire négative, le gain réel est supérieur à l’époque où le rendement dépassait 5%.
Cet été, les épargnants français ont vécu un petit séisme: le taux d’intérêt du fameux livret A est passé, pour la première fois depuis sa création, en 1818, sous la barre de 1%. Les quelque 61,6 millions de comptes, entièrement exonérés d’impôt, sont, dès lors, rémunérés d’un intérêt de 0,75% «seulement».
Nous mettons des guillemets, car, comparé aux comptes d’épargne classiques proposés en Suisse, le rendement fait presque rêver. Chez nous, il varie actuellement entre 0,1% et… 0,01%, soit 10 ct. pour un placement de 1000 fr. durant un an! Il n’y a que les comptes jeunesse qui rapportent plus (jusqu’à 1,25% – voir tableau) avec toutefois des limites d’investissement. Ou les comptes «spéciaux», ainsi désignés parce que, notamment, les versements sont bloqués un certain temps, sans que le rendement le soit d’ailleurs nécessairement… (lire encadré).
Entre 1970 et 2014
On aurait pourtant tort de se souvenir avec nostalgie de l’époque où, selon les statistiques de la Banque nationale suisse, le taux de ces intérêts frôlait 5,1%, comme en 1974 (voir ligne verte du graphique ci-contre). Certes, en plaçant 1000 fr. sur un simple compte d’épargne, on était alors accrédité, en fin d’année, d’un coquet supplément de 51 fr.
Mais, parallèlement, l’inflation prenait l’ascenseur, atteignant un pic de 9,8% (ligne bleue). Un objet qui coûtait 1000 fr. au début de 1974 était donc vendu, en moyenne, 1098 fr. à Noël de la même année! Autrement dit: le rendement de l’épargne ne suffisait pas – et de loin – à compenser le renchérissement du coût de la vie. Et, finalement, l’écureuil croyant faire l’affaire du siècle perdait, concrètement: 9,8 – 5,1 = 4,7% (ligne rouge) en plaçant son argent sur un simple compte d’épargne!
Rendement moyen de 0,262%
En somme, le raisonnement est simple. Chaque fois que la ligne bleue (inflation) du graphique dépasse la ligne verte (rendement), la ligne rouge (valeur de l’épargne) plonge au-dessous de zéro, ce qui veut dire que l’épargnant perd finalement de l’argent. Cela a été le cas 17 années entre 1970 et 2014. Et c’est ce qui explique qu’un compte suisse moyen où il a été placé 1000 fr. il y a 45 ans a, certes, engendré un rendement de 2211 fr. à la fin de 2014. Mais, comme dans le même laps de temps, le coût de la vie a augmenté de 208,6%, le gain réel de l’épargnant est de 2211 – 2086 = 125 fr., soit un rendement moyen de 0,262%. Donc, en 2012, avec un taux d’épargne moyen de 0,254% et une inflation de – 0,69%, le rendement réel (0,323%) a renforcé cette moyenne!
Toutefois, faut-il rappeler que, à partir d’un certain montant, l’intérêt de l’épargne est imposée? Une fois que le fisc aura passé, l’opération va donc, concrètement, se terminer par un déficit…
Christian Chevrolet
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Versatile, l’épargne évolutive
Juliette et Norbert Jullier ont décidé de faire fructifier leurs avoirs. L’an dernier, le couple se laisse donc séduire par le compte épargne Evolution du Crédit Agricole Financements Suisse. Avantages? Des taux d’intérêts préférentiels et aucun plafond. Inconvénients? Une rémunération par paliers et l’argent bloqué durant 24 mois.
Trois mois après la conclusion du contrat, petite surprise: les bonifications chutent, puisque le taux de rendement passe de 1,45% à 1,2%. Pourtant, selon nos lecteurs, le conseiller leur avait garanti oralement un taux bloqué, lui aussi, jusqu’à la fin de 2015. «Nous avons été mal compris ou nos propos ont été mal interprétés», se défend Miguel Parra, porte-parole du Crédit Agricole. Comme toutes les banques, l’enseigne a d’ailleurs pris soin de se réserver, dans les conditions générales, «le droit de modifier en tout temps, avec effet immédiat, les taux d’intérêts». Sans le contester, nos lecteurs se demandent toutefois jusqu’où ces taux pourraient descendre sans adapter la durée du contrat? Ils ont donc officiellement posé la question au mois de mars, mais, au moment où ils s’approchaient de notre rédaction, ils attendaient toujours une réponse à leur triple sollicitation. Depuis, la banque nous a assurés qu’elle regrettait ce retard et qu’elle allait immédiatement le rattraper.
Cependant, la position de Philippe Bacchetta, professeur à la HEC de Lausanne, est clair: le taux peut descendre jusqu’à zéro et même au-dessous, même si «c’est peu probable». La banque n’a pas osé être aussi directe. «Nous n’avons pas vocation à rémunérer à 0% l’épargne des particuliers», nous a-t-elle simplement communiqué. Toujours est-il que, peu importe les fluctuations, aucune porte de sortie n’est envisageable pour le client ou, du moins, pas sans subir de pénalités. Pour protéger son argent, Philippe Bacchetta recommande plutôt les bons de caisse bloqués sur deux ans avec un taux d’intérêt fixe. Avec une différence de taille toutefois: ils offrent actuellement un rendement maximal de 0,3% (Banque Wir), alors que nos lecteurs, eux, touchent toujours 1,2%.
Christelle Maillard

