
12 vins rouges de Sicile et de Sardaigne: le nero d’Avola tire le premier
Vous êtes plutôt Nero d’Avola (de Sicile) ou Cannonau de Sardaigne? De ces deux vins rouges italiens issus des deux plus grandes îles de la Méditerranée, notre jury a préféré les premiers.
Un cépage, une région. La règle, simple pour le consommateur, vaut autant pour la Bourgogne que pour la Sicile ou la Sardaigne. Sauf qu’en Bourgogne, en rouge, le pur pinot noir et, en blanc, le pur chardonnay, sont de rigueur, alors que la Sicile et la Sardaigne ont des législations tortueuses à multiples niveaux.
Les deux îles, aujourd’hui italiennes, partagent un riche passé. Le nero d’Avola, soit le raisin «noir» de la bourgade d’Avola, près de Syracuse, incarne le vin rouge sicilien, autant que le cannonau, le vin rouge sarde. Le premier ne bénéficie pas d’une appellation d’origine contrôlée, au contraire du second.
Avantage à la Sicile
Dans les supermarchés, le nero d’Avola peut être un vin de cavalerie (comme celui classé au 9e rang, sans mention de millésime, vendu 3.49 fr. par Aldi) ou un vin plus élaboré, comme le premier classé, qui exprime bien les arômes balsamiques et complexes de ce cépage riche et puissant. A 11.30 fr., le nero d’Avola de Firriato, une des meilleures caves de Sicile (plus de 4 millions de bouteilles à elle seule), reste d’entrée de gamme. Il est suivi par un flacon d’une autre maison traditionnelle, Pellegrino, à l’origine très active dans le vin muté, style porto, qui plaisait tant aux Anglais et porte le nom du principal port d’exportation des vins siciliens, Marsala. De là, les bateaux s’en allaient livrer leur vin capiteux en vrac, à Marseille le plus souvent…
La nouvelle dénomination d’origine contrôlée (DOC) Sicile, entrée en vigueur en 2012, exige désormais, dans sa mouture publiée ce mois d’août, la mise en bouteilles en Sicile: en 2014, sur les 23 millions de litres DOC, 24% étaient mis sous verre hors de l’île. Dans notre dégustation, quatre vins siciliens (tous IGT) ont été embouteillés sur le continent, comme le 3e du tableau, à Coop, à Bâle, le 4e, le 9e et le 11e, et un seul sarde, le 2e classé du cannonau. Pour cette raison, notamment, le prix médian des nero d’Avola n’est que de 9 fr., contre 12 fr. pour le cannonau.
La DOC ne fait pas tout
Mais que le vin sarde bénéficie de la DOC Cannonau di Sardegna valable pour toute l’île n’est pas une garantie de qualité. Malgré un nez peu agréable, le Costera d’Argiolas, une des meilleures caves de l’île (plus de 2 millions de bouteilles), s’impose. Il se situe parmi les plus chers des vins dégustés (15.50 fr.). Il devance de peu un trio de cannonau qui, chacun, a ses défauts: boisé trop prononcé pour le Riserva (vendu par Denner) qui doit passer au moins six mois dans des tonneaux, rusticité un peu verte pour le Baione (Aligro), et manque de fruit et sécheresse finale pour l’Olianas (Globus), le vin le plus cher du test. Ce vin, comme le dernier classé, de la même cave, est obturé par un bouchon original, certifié bio, en forme de plastique (polymère), tiré de la canne à sucre. D’ailleurs, le bouchage de tous les vins dégustés montre qu’ils ne sont pas destinés à être gardés, mais à être consommés rapidement.
S’ils n’ont pas la même provenance, le nero d’Avola et le cannonau (en réalité du grenache, mais les scientifiques de la vigne, les ampélographes, ne sont pas d’accord sur l’origine du cépage, attribuée en général aux Espagnols) expriment des caractéristiques comparables: arômes de chocolat, souplesse et richesse, en sucre et en alcool, et tanins fondus à leur apogée. Des vins qui accompagnent bien la cuisine méditerranéenne et prolongent l’été de même que les vacances.
Pierre Thomas
Bonus web: De la Sicile à la Sardaigne


