
Quand le vélo part à la fourrière
On risque une mauvaise surprise en laissant un vélo dans la rue, au même endroit, pendant trop longtemps. Même si, formellement, rien ne l’interdit.
Véritable terreur des automobilistes, la fourrière peut coûter, pour un véhicule stocké cinq jours, de 340 fr. à 705 fr. à un conducteur mal garé, voire simplement malchanceux (lire «Quand la fourrière déplume», TCF 3/2015). Or, la même mésaventure peut aussi arriver aux cyclistes qui laissent leur monture trop longtemps au même endroit, par exemple en partant pour de longues vacances.
Fort heureusement, la facture n’est pas aussi élevée et il est possible d’éviter l’enlèvement de sa bicyclette en prenant quelques précautions. En effet, les différents services de police ou la voirie procèdent, en général, à son déplacement dans des cas précis.
• Le vélo est garé sur un fonds privé, par exemple sur le parvis d’une gare interdisant le parcage des bicyclettes ou accroché aux grilles des soupiraux d’un immeuble. Dans ce cas, le propriétaire peut faire appel à la police pour évacuer l’indésirable.
• Le vélo est attaché sur la voie publique, mais gêne la circulation: il est vrai que, à la différence d’un deux-roues à moteur, il est parfaitement légal de garer un cycle n’importe où sur la voie publique, en l’accrochant au mobilier urbain, par exemple. Mais il ne doit gêner ni la circulation des véhicules ni les piétons. Sur les trottoirs, notamment, un espace de 1,50 m de large doit rester libre pour les piétons (art. 41 OCR). Si tel n’est pas le cas, la bécane peut être déplacée.
• Théoriquement, rien n’interdit de laisser un vélo sur l’espace public de manière illimitée, sans jamais le déplacer. Néanmoins, les différents services de police sont autorisés à enlever les épaves, c’est-à-dire ceux qui ne sont plus en état de rouler ou présentent des signes évidents d’abandon. Or, un vélo dans la rue pendant plusieurs jours d’affilée se dégrade plus vite qu’on ne le pense, au gré des vols (selle, roues) et des intempéries.
Mais que fait la police?
Nous avons interrogé les services de police de trois villes romandes sur leurs pratiques avec les vélos abandonnés ou réduits à l’état d’épave: Genève, Lausanne et Fribourg. La procédure est la même partout: la tâche est confiée à la police communale ou municipale, qui effectue régulièrement des rondes pour repérer les engins qui sont manifestement abandonnés. Leur fréquence varie de deux (Genève) à six fois par an (Lausanne). Dans une première étape, les agents déposent un avertissement sur les vélos considérés comme des épaves – un collier de plastique rouge à Genève, par exemple – et incitent les propriétaires à les déplacer ou à les remettre en état. Puis, ils repassent, quelque temps plus tard, et enlèvent ceux qui n’ont pas bougé. Genève laisse trois à quatre semaines aux cyclistes pour se manifester. Fribourg, deux ou trois. A Lausanne, le délai n’est que d’une semaine environ.
Comment récupérer son bien?
• Genève dispose d’une fourrière spécialement prévue pour les vélos, qui en recueille près de 2000 par année. S’il est identifiable, le propriétaire est averti par écrit et doit venir chercher son véhicule dans les 30 jours. Il doit présenter un justificatif d’achat ou la clé du cadenas du vélo mis en fourrière. C’est la seule des trois villes dans laquelle la restitution est accompagnée d’un émolument (40 fr.). Les véhicules non réclamés peuvent être vendus aux enchères. Ceux qui ne sont plus en état de rouler sont réparés ou réduits en pièces détachées. Le tout est vendu sur place (voir fourriere-velo-ge.ch).
• A Lausanne, les vélos sont consignés dans un registre et placés, dans un premier temps, à la fourrière municipale. «Il suffit au propriétaire du cycle de se présenter dans nos locaux, informe Sébastien Jost, porte-parole de la Police de Lausanne. Après avoir pu prouver que c’est bien son engin, il lui est restitué sans frais.» Il est donc essentiel de conserver la facture de son deux-roues, sur laquelle doivent figurer les éléments nécessaires pour l’identifier, notamment le numéro de cadre. Quant à ceux qui ne sont pas réclamés, après parution du registre dans la Feuille des avis officiels du Canton de Vaud, ils sont récupérés et réparés par l’Association pour des mesures actives sur le marché du travail (vam.ch).
• A Fribourg enfin, les vélos véritablement hors d’état de rouler sont envoyés à la casse. Les autres sont répertoriés dans une base de données et conservés dans les locaux de la police pendant deux à trois mois. Durant ce laps de temps, les propriétaires peuvent les récupérer gratuitement. Ensuite, ils sont remis à l’association ProVelo.
Vincent Cherpillod


