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Vert opaque, le chauffage à distance

Ecologiques, les réseaux de chaleur sont en plein boom en Suisse romande. Pourtant, leur prix n’est pas toujours avantageux, même s’ils tirent leur énergie des déchets ou du bois de chez nous.

De Sion à Delémont, en passant par Genève et Fribourg, des projets de chauffage à distance – CAD – (lire encadré) voient le jour un peu partout en Suisse romande. Le mouvement est lancé, quand bien même les conséquences pour le portemonnaie ne sont pas forcément bénéfiques.

«Ma facture de chauffage a passé de 1725 fr., en 2009, à 2291 fr., en 2014, après avoir grimpé à 2663 fr., soit près de 30% de plus, dénonce ce locataire genevois domicilié à Meyrin. Or, en 2011, mon immeuble, qui était jusqu’ici chauffé au mazout, a été raccordé à la Centrale de chauffage à distance à gaz (CAD) des Services industriels genevois (SIG). Ce comparatif parle donc nettement en défaveur de cette technique!»

Mais «pas de conclusions hâtives», répond Isabelle Dupont Zamperini, porte-parole des SIG. Pour comparer précisément deux modes de chauffage, il faudrait deux hivers identiques. Or, celui de 2012-2013 a été particulièrement froid, ce qui explique une hausse équivalant à 10%.

Deuxième élément: le CAD, qui approvisionne l’immeuble de ce lecteur, est alimenté par une centrale à gaz. Ce combustible, qui constitue une partie du prix de l’énergie acheminée, suit le cours du mazout avec un décalage de six mois. «Une pratique historique, explique la porte-parole, introduite quand l’industrie gazière peinait à prendre son essor dans les années 1950.» Or, l’or noir a été particulièrement volatil pendant la période en question. De 74 fr. en février 2010, il a atteint 104 fr. en janvier 2012! Notre lecteur aurait ainsi, de toute façon, subi une hausse de 20% pour ses factures de 2012 et de 2013. Ces facteurs cumulés expliquent partiellement la différence observée.

Le CAD étant en plein essor, nous avons voulu savoir ce qu’il en est ailleurs en Suisse romande. Notamment comment sont fixés les prix et quelles sont les aides apportées. Car, selon les cas, le consommateur est captif.

Structure des coûts

La plupart des exploitants de CAD proposent un prix «all inclusive» qui couvre la fourniture d’énergie, l’entretien et la maintenance des installations. Celui-ci est composé de trois éléments.

  • Un forfait dégressif pour la production et l’acheminement de l’énergie.
  • Un tarif pour l’énergie consommée, qui peut être indexé au cours du mazout ou à l’IPC. Lors d’un sondage auprès de différents fournisseurs, ceux-ci nous ont indiqué des tarifs variant entre 6 ct. et 12 ct. par kW.
  • Les frais de raccordement, soit, selon la configuration des lieux, 15 000 fr. au moins! Dans certains cas, l’exploitant joue le rôle de la banque: il prend en charge une partie de la dépense et renchérit en conséquence le forfait annuel. Ce facteur rend la démarche critique pour les villas individuelles. Elle se justifie dans un lotissement, mais sera hors de prix pour un bâtiment situé à l’écart. De plus, si celui-ci est bien isolé et consomme peu, l’investissement est démesuré.

Equivalent au mazout

Si les exploitants indiquent volontiers le tarif de l’énergie, ils sont plus discrets sur la fourchette appliquée pour le forfait. Selon les indications reçues, le prix du kW varie au final entre 16 ct. et 20 ct. Un contrat de longue durée (20 ans, voire davantage) lie généralement l’exploitant au propriétaire. A l’échéance, il sera renégocié.

«Dans nos études de faisabilité, témoigne un ingénieur, un CAD est rarement moins cher que la chaudière traditionnelle. Au contraire.» Séverine Scalia Giraud, également ingénieure-conseil à Neuchâtel, nuance: «Les tarifs sont compétitifs avec celui d’une chaudière à gaz ou à mazout quand le carburant coûte 1 fr. /l. Et, c’est sans tenir compte des coûts externes induits par les énergies fossiles, qui donnent alors nettement l’avantage au regroupement.»

Et, pour le consommateur, les réseaux de chaleur évitent la volatilité du mazout. A l’échéance du contrat, en revanche, il devra peut-être accepter une forte hausse de prix: aucun local n’ayant été prévu pour la chaudière, il n’aura, en effet, pas d’autre alternative que de le reconduire.

Le surveillant des prix a ainsi mis le doigt sur une situation de monopole. Stefan Meierhans propose, en conséquence, d’indexer les tarifs au coût de la vie pour garantir une certaine pérennité sur la durée. Au final, il dénonce les prix élevés des usines d’incinération des ordures ménagères (UIOM) et de Viteos Neuchâtel ainsi que du CAD SIG à Genève pour les immeubles locatifs, qui fournit précisément notre lecteur meyrinois. Or, «une fois le contrat signé, il n’est pas facile de prouver un abus de tarif», conclut Monsieur Prix!

Claire Houriet Rime