
De la Suisse dans nos maisons
Malgré la concurrence étrangère et le franc fort, une partie non négligeable des matériaux utilisés pour construire nos habitations provient encore de Suisse. Cette situation obéit à une logique économique.
Mondialisation oblige, la plupart des objets qui nous entourent sont désormais fabriqués à l’étranger. Même les nains de jardin qui parsèment les campagnes viennent désormais de Chine. Il n’en est pas de même, en revanche, pour les matériaux de construction de nos habitations, «qui sont encore en grande partie de provenance suisse», comme le souligne Matthias Engel, porte-parole de la Société suisse des entrepreneurs (SSE).
Cette situation peut paraître surprenante si l’on songe au franc fort et aux coûts de production bien plus bas de nos voisins. Elle répond, en fait, à une logique économique.
Très cher transport
Exemple: la part des importations de ciment, composant essentiel du béton utilisé dans la construction, n’est que de 15%. La raison? «Les coûts de transport élevés en comparaison de la valeur», résume Georges Spicher, directeur de cemsuisse, l’association suisse du ciment. Dès lors, il n’est pas rentable de le faire venir de loin. «Afin de limiter les coûts et l’impact environnemental des transports, les cimenteries sont localisées à proximité des sources de matières premières – calcaire et marne. De son côté, le béton, formé de ciment, de sable, de granulats et d’eau, doit être confectionné à proximité des chantiers et livré frais, sinon il durcirait. Le ciment et le béton sont donc des produits locaux par excellence», ajoute Alain Kouo, porte-parole du cimentier Holcim. Les matériaux que le groupe mondial, originaire de Suisse, vend dans notre pays proviennent ainsi essentiellement de carrières et de gravières suisses, ainsi que de ses cimenteries d’Eclépens (VD), Siggenthal (AG) et Untervaz (GR). Une petite partie est issue de régions limitrophes.
Mais le béton n’est pas la seule production protégée par le coût du transport. C’est aussi le cas, notamment, des briques en terre cuite où «ce qui est sur le camion coûte bientôt moins cher que son transport», commente Pierre Poch, directeur des Tuileries Fribourg & Lausanne SA. Ce dernier estime ainsi que 90% des briques maçonnées utilisées dans nos constructions sont fabriquées ici. Une proportion qui s’explique aussi par les normes fédérales en vigueur, car les briques doivent avoir un palier de résistance à la compression de 28 newtons dans notre pays, alors qu’il n’est, par exemple, que de 15 newtons en Allemagne.
Concurrence féroce pour le bois
Les maisons en bois ont le vent en poupe, mais la situation est, ici, moins favorable pour les producteurs locaux. «Sur les 994 000 m3 de bois utilisés dans la construction en 2011, 38% seulement étaient d’origine indigène», relève Sébastien Droz, porte-parole de l’Office romand Lignum, l’organisation faîtière de l’économie suisse de la forêt et du bois. «La concurrence est essentiellement allemande et autrichienne, avec des prix tellement bas que nous ne pouvons pas rivaliser.» Une analyse que partage l’Office fédéral de l’environnement: «Les constructions en bois sont en plein boom et les entrepreneurs peuvent profiter de produits finis et semi-finis fabriqués à l’étranger, à des coûts beaucoup moins importants, et importés à un taux de change avantageux».
Les Italiens, maîtres du carrelage
Et, pour les autres éléments d’une maison? La situation varie sensiblement d’un produit à un autre. «Les carrelages et les granit viennent essentiellement d’Italie. Ce sont les maîtres dans le domaine avec un excellent rapport qualité-prix», révèle Robert Droz, du Service de vente interne du groupe Sabag, spécialisé dans le commerce des matériaux de construction. A l’opposé, «une grande partie des cuisines sont fabriquées en Suisse, car il existe un gros artisanat dans le secteur», relève Marc-André Proz, vice président de l’Association suisse des marchands de matériaux de construction.
Les entreprises helvétiques se distinguent aussi dans le domaine de l’isolation, avec, par exemple, la société Flumroc pour la laine de pierre ou Swissport et ses isolations à base de mousse. Selon Marc-André Proz, nombre d’architectes préféreraient aussi les produits suisses. «Je pense qu’il y a une qualité réelle, explique Christophe Challande, administrateur de Challande & Fils SA à Nyon. De plus, ils offrent une garantie supplémentaire de par la proximité du fabricant. Et les entreprises suisses ont su s’adapter à la situation: quand le taux plancher a été aboli, les fournisseurs ont réagi très vite et octroyé des rabais euro allant jusqu’à 15%.»
Sébastien Sautebin


