
Rouge de la honte
Ça sent injustement le soufre dans la viticulture suisse. La faute à des trublions qui oxydent sa réputation dans l’ivresse du profit. Il y a l’affaire Giroud qui fermente depuis cinq ans. Affaire qui n’a, semble-t-il, pas suffi à redonner le goût de la probité à d’autres fraudeurs de petite cuvée: sur les 1815 caves inspectées par le Contrôle suisse du commerce des vins en 2014, 36 présentaient de graves irrégularités, comme des coupages illicites.
C’est peu et beaucoup à la fois. Peu, si l’on considère qu’il n’y a que 2% de producteurs qui ont perdu leur déontologie au fond d’une cuve. Beaucoup, quand on sait combien les effluves de telles tromperies noient la confiance des consommateurs. Or, la viticulture suisse se passerait du parasitage de son image, dans un climat où la concurrence étrangère pèse lourd.
Entre 2000 et 2014, la consommation des vins suisses a perdu du terrain, avec une part de marché qui a chuté de 41,2% à 36,8%. Cet effritement est d’autant plus regrettable que la qualité et la diversité sont au rendez-vous. Les médailles raflées dans les concours internationaux en sont la preuve. Tout comme l’intérêt de la revue The Wine Advocate de Robert Parker qui a récemment noté 41 chasselas et 67 pinots noirs suisses. Parmi ces derniers, 18 ont été jugés «exceptionnels» en écopant de 90 points ou plus.
A l’instar de Robert Parker qui a longtemps boudé notre vignoble, trop d’amateurs snobent encore les vins suisses, convaincus qu’ils trouveront mieux et moins cher ailleurs. C’est vrai pour les produits d’entrée de gamme. C’est faux pour les crus de qualité, comme l’illustre le pinot noir Raissennaz 2012 du Domaine Henri Cruchon, à Echichens, vendu 36 fr. malgré les 93 points obtenus dans The Wine Advocate.
A ce prix-là, bonne chance pour trouver une bouteille aussi bien notée en Bourgogne!
Yves-Noël Grin

