
12 rosés de supermarchés: osez, osez les rosés fins
C’est l’été et les rosés envahissent les rayons des supermarchés, souvent à prix cassés. «Tout Compte Fait» a tenté de repérer des produits originaux.
Comme pour les chasselas (TCF 5/2015), notre dégustation a été plus large que les 12 vins décrits dans le tableau ci-contre. Il y en avait 22 que le jury a appréciés, à l’aveugle, sans connaître ni l’origine ni le prix. Un bon point: tous les vins achetés anonymement dans les supermarchés affichaient le millésime 2014. Le rosé n’est pas destiné à être conservé longtemps, et nous avons indiqué, dans le tableau, le système de bouchage de chaque flacon.
Vaud en tête
On le sait depuis peu (lire encadré), les rosés suisses vendus dans les supermarchés sont à 80% valaisans, «dôle blanche» comprise. C’est-à-dire à base de pinot noir, comme l’œil-de-perdrix, ou de gamay, voire des deux, à l’instar de la dôle blanche (officiellement un «blanc de noirs», soit un vin blanc tiré de raisins à peau foncée).
Ces vins-là n’entraient pas, cette année, dans notre choix. Pourtant, c’est un vin vaudois qui l’emporte, tiré du gamaret et du garanoir, juste sous le prix médian (10 fr.). Bravo! Il coiffe au poteau un classique, le Château d’Aquéria, d’une des premières appellations d’origine françaises – Tavel – qui s’est consacrée exclusivement au rosé (alors que sa voisine Châteauneuf-du-Pape l’exclut). C’est un rosé de gastronomie, titrant 14% d’alcool, alors que la moyenne est à 13%.
L’Afrique devant la Provence
Au troisième rang, une surprise: un vin d’Afrique du Sud, d’un cépage a priori peu apte au rosé, le cabernet sauvignon, sélectionné et importé par Coop. Bon rapport qualité-prix!
Mais la Suisse, qui importe 2% des rosés et figure au 8e rang des plus gros importateurs du monde (le Royaume-Uni pèse 15%, la Belgique et la Hollande, chacune 6%), est un excellent client des «rosés de Provence». Nous avons donc voulu vérifier si ces vins méritent leur place. Le premier, et le plus onéreux de ce test (17.90 fr.), la cuvée Prestige de Minuty, se hisse au 4e rang, avec les qualités – couleur plaisante, complexité et vinosité – et les défauts – note «amylique» de fermentation à froid, côté acidulé et légère amertume – des rosés modernes et techniques.
S’il est un compromis, le rosé reste difficile à réussir pour un œnologue: la cave prend le pas sur le terroir. C’est bien ce que démontre le 5e classé, un pinot gris, cuvé 12 heures au contact des peaux, pour lui donner sa couleur dans une grande cave de Vérone. Ce n’est pas un «blanc de noirs», le pinot gris restant, en Suisse, considéré comme un raisin blanc, mais sans doute «coloré» par un peu de rouge.
On le rappelle: l’Union européenne a refusé le mélange de blanc et de rouge pour obtenir un rosé, qui demeure un vin rouge peu cuvé. Mais certaines AOC, comme l’œil-de-perdrix en Suisse, tolèrent une faible proportion de blanc (10% de pinot gris ou blanc).
Lanternes rouges
Dans le bas du classement figurent deux vins vedettes de supermarchés, le Listel et le J.P. Chenet, le premier du sable de Camargue, qui a sa propre indication géographique protégée (IGP), l’autre du Pays d’Oc, issu de grenache et de cinsault, les deux cépages les plus courants pour le rosé dans le sud de la France.
On y ajoutera une autre marque, Mouton Cadet, pour rappeler que, en AOC Bordeaux, le rosé a presque atteint le volume de blanc en 2014. En France, la consommation de rosé (près de 30% du vin bu) a même dépassé celle du blanc depuis quelques années. Espagnols et Italiens en produisent, mais en boivent peu et l’exportent beaucoup. Un rosé de la Rioja, un autre de Majorque et deux des Pouilles font partie des laissés-pour-compte de notre dégustation. Mais pas le seul rosé du Maroc, embouteillé en France, à base de grenache et de cinsault, digne des représentants de l’autre rive de la Méditerranée, et le meilleur marché du tableau (4.90 fr.).
Pierre Thomas


