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Comment se passer des désherbants suspects

Liserons et dents-de-lion, tenez-vous bien, la guerre est déclarée! On peut renoncer au glyphosate sans négliger son jardin pour autant.

Petite bombe au potager: depuis le mois de mars dernier, le glyphosate est considéré comme une «substance cancérigène probable» par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Or, ce puissant désherbant, très apprécié pour son efficacité, est utilisé à large échelle dans l’agriculture et les jardins privés. A tel point que, lors d’un test effectué sur une quarantaine de personnes, nos confrères alémaniques de Gesundheitstipp ont trouvé des traces de ce produit dans l’urine d’une vingtaine d’entre elles!

Loin de se laisser émouvoir, l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) considère toujours, lui, le glyphosate comme «inoffensif» et rassure via un communiqué de presse: «Il est fort possible que les êtres humains absorbent des résidus. Cependant, cette substance ne s’accumule pas dans l’organisme. Elle est très rapidement et très efficacement éliminée, en grande partie par le biais de l’urine.»

Toujours est-il que, à la suite de la levée de boucliers provoquée par la nouvelle, les jardineries de Coop et de Migros n’ont pas attendu pour retirer des rayons les désherbants contenant le produit, le plus connu étant le Roundup. Et Bauhaus ne les remettra que sur demande, avec les conseils du vendeur, tandis que Hornbach réserve sa position, mais dit étudier la question. Quant à Jumbo, il s’en remet au jugement de l’OFAG et ne voit pas de raison d’agir dans l’immédiat. Sa jardinerie rappelle que l’usage du Roundup est déjà, comme le précise l’emballage, interdit sur les toits, les terrasses et les talus pour ne pas polluer les cours d’eau.

Sus aux mauvaises herbes!

Dès lors, comment faire la guerre aux mauvaises herbes sans recourir au glyphosate et sans y passer ses week-ends? Christian Bavarel (photo principale), jardinier conseil pour Equiterre, propose des variantes à l’extraction au couteau: «Ces techniques requièrent un peu de savoir-faire, mais pas forcément davantage de temps au vu des précautions à prendre pour doser et manipuler les désherbants.»

Terrasses et gravillons

Pour les terrasses et les gravillons, il convient d’abord d’agir en amont, en balayant régulièrement les surfaces 1, surtout en automne, pour éviter que les feuilles mortes ne se transforment en humus. Et éliminer les mauvaises herbes avant l’apparition des graines pour prévenir leur dissémination, par exemple avec l’extracteur, un genre de transplantoir très effilé 2.

• Le désherbage thermique consiste à chauffer les jeunes pousses avec un chalumeau portatif branché sur une bonbonne de gaz 3. L’erreur classique consiste à trop insister pour brûler la plante, qui se cicatrise vite, alors que le but est de les cuire. Un passage sur les feuilles suffit à les flétrir et à leur faire changer de couleur. Il est, en revanche, nécessaire de répéter l’opération pour épuiser la plante, surtout quand les racines sont profondes (pissenlits). La flamme étant presque invisible, on se chaussera bien pour éviter les brûlures. Compter entre 25 fr. et 50 fr. selon les modèles et 5 fr. pour la recharge.
Eau chaude: on peut aussi vider l’eau de cuisson des pâtes ou des pommes de terre, encore bouillante, sur les indésirables qui se sont frayés un passage entre les dallages de la terrasse 4. Leurs racines ne survivront pas au pouvoir conjugué de l’eau chaude et de l’amidon. Sur les dallages, des pots retournés sur les dents-de-lion empêchent la photosynthèse et épuisent aussi la plante.

Pelouse et gazon

Augmenter la hauteur de coupe à 10 cm pour que le gazon étouffe les repousses de trèfle, de plantain, etc. Une tonte à ras favorise au contraire les mauvaises herbes. Ne pas changer le rythme de tonte.

Massifs et potager

• Le paillage consiste, comme son nom l’indique, à répandre de la paille entre les massifs 5. C’est, avec les écorces, l’une des techniques les plus courantes pour stopper les envahisseurs. D’autres végétaux sont encore plus efficaces, tels le miscanthus sinensis (roseau de Chine broyé) ou le chanvre. Tous les deux ont, en effet, la propriété de former un aggloméré compact une fois mouillés. Les tarifs (à partir de 6 ct./ l) varient selon la nature du paillage et la taille des morceaux.
Le non-labour: le réflexe du jardinier est de retourner vigoureusement la terre chaque année pour l’aérer. Ce faisant, on fait remonter les graines indésirables à la surface et les mauvaises herbes s’en donnent à cœur joie. Pour décourager les repousses, on remplace le labour annuel par une rotation des cultures 6: c’est le non-labour. Les graines resteront ainsi enfouies en profondeur.
• L’alternative est le faux-semis: on retourne la terre 7 et on la prépare en l’arrosant. Les mauvaises herbes poussent et il suffit de les enlever quelques jours plus tard. On en viendra alors aux choses sérieuses en semant les «bonnes» graines.
• Le papier kraft (environ 60 ct./m2) est aussi largement utilisé pour stopper les mauvaises herbes 8. Etendu sur le sol ou l’herbe tondue à ras, il est percé par endroits pour recevoir du terreau dans lequel on déposera les semis, avant de recouvrir le tout de paille. Celle-ci doit être régulièrement renouvelée et arrosée. Cette technique se prête bien à la culture des pommes de terre. On parle alors de «patates sous carton».

Désherbants «maison»

Pour le liseron, on pulvérisera de l’eau coupée pour moitié de vinaigre qui viendra parfaitement à bout de cet envahisseur 9. On optera pour un vinaigre de table bas de gamme (70 ct./l) car le vinaigre blanc est difficile à trouver en Suisse. En France, en revanche, il est très avantageux.

A l’inverse, les mélanges à base d’eau de Javel et de sel sont, certes, moins nocifs que le glyphosate, mais restent peu indiqués. Car, sur les platebandes, ils tueront toute autre vie en asséchant le sol. Et, sur les terrasses, ils seront lavés par la pluie et iront surcharger canalisations et stations d’épuration.

Claire Houriet Rime