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Elles sont rares, mes terres

Aujourd’hui, on peut miser sur tout, y compris sur les terres rares. Mais attention, l’exercice est réservé à des investisseurs avertis.

Peut-être avez-vous reçu cet e-mail de Global Metal Broker, présentant les terres rares comme un investissement sûr avec «des performances historiques». Diable, il serait donc possible de faire gonfler son bas de laine en misant sur un lopin de terre paradisiaque perdu au fin fond d’une contrée reculée?

Pas vraiment! Les terres rares sont, en réalité, un groupe de 17 métaux comprenant le scandium, l’yttrium et les 15 lanthanides, dont le cérium et le néodyme. Malgré ce que leur nom laisse penser, elles ne sont, finalement, pas si rares que cela. Au contraire même! On les trouve en grande quantité dans le sol, principalement en Chine, mais aussi en Afrique du Sud, en Inde, en Australie, au Brésil et un peu en Europe du Nord. C’est surtout leur grande dispersion à l’échelle du globe et la grande difficulté à les extraire des minerais dans lesquels elles se nichent qui leur ont valu cette appellation.

Peu connues mais très employées

L’intérêt principal de ces métaux est dû à leurs diverses propriétés.
Chimiques: les terres rares produisent des lumières aux couleurs très propres. On les a donc employées dans les tubes cathodiques des anciennes télévisions, et elles sont aussi très prisées pour fabriquer les lasers ou recouvrir l’intérieur des ampoules à basse consommation d’une couche qui émet de la lumière blanche.
Magnétiques: alliées avec d’autres métaux, elles permettent de miniaturiser des aimants très performants.
Mécaniques: associée à une réaction chimique, la dureté des terres rares facilite le polissage des verres dans l’optique.
Leur potentiel en a fait des éléments essentiels dans les technologies de pointe. Tellement, d’ailleurs, qu’on en trouve un peu partout aujourd’hui: depuis les téléphones portables jusqu’aux écrans LCD, en passant par les éoliennes ou les voitures électriques ou encore dans le domaine militaire, pour fabriquer, notamment, des missiles et des appareils de vision nocturne.

Un placement risqué et peu accessible

Mais, malgré tout l’intérêt qu’elles présentent, les terres rares n’en demeurent pas moins un placement spéculatif, particulièrement risqué, selon les spécialistes. Il s’adresse donc à des investisseurs avisés, pour ne pas dire très avisés.

Certes, les réserves mondiales sont relativement abondantes. Elles sont, en effet, estimées à 130 millions de tonnes, selon le dernier rapport de l’US Geological Survey. La production, en revanche, se limite à 110 000 tonnes par an*, dont 90% proviennent de Chine. Ce pays est donc en situation de quasi-monopole, ce qui rend le marché très volatil et soumis à de fortes variations des prix, à la hausse comme à la baisse.

Il n’est pas non plus certain que les terres rares soient utilisées ad vitam æternam dans la fabrication des produits cités plus haut. Si, d’aventure, on trouvait des matériaux dont le potentiel est meilleur, elles risquent de tomber dans l’oubli, engloutissant avec elles les éventuelles plus-values réalisées jusque-là.
De plus, les entreprises actives dans leur extraction sont difficilement accessibles aux investisseurs suisses, car elles ne sont généralement pas cotées dans les Bourses européennes. Il existe, toutefois, un indice thématique répliquant les performances de 15 entreprises au maximum, dont la principale activité est liée aux terres rares. Lancé par la société allemande Solactive, en juillet 2010, il n’a pas vraiment tenu ses promesses, puisque sa performance annualisée depuis son lancement atteint –26,2%**!

On peut également investir physiquement sur ce marché en achetant un assortiment de terres rares auprès d’un broker spécialisé. Mais le marché est peu liquide, ce qui signifie qu’un temps plus ou moins long peut s’écouler avant que le bloc ne trouve un nouvel acquéreur à la revente…

Enfin, les terres rares ne sont pas un investissement très vert, c’est le moins que l’on puisse dire! Elles sont, en effet, extrêmement mélangées dans le minerai. Leur isolation pour obtenir un produit pur nécessite donc un processus long et surtout très polluant, puisqu’il emploie des substances toxiques qui peuvent être rejetées dans l’environnement.

Chantal Guyon

*Chiffres 2014.
**Etat au 2 juin 2015.