
Toc, toc, toc! C’est PostFinance. On peut visiter?
Plus d’un an après la conclusion d’un prêt hypothécaire, yolande nicolier (photo) se voit imposer une visite de son appartement. Légal, mais surprenant.
Propriétaire d’un appartement à Prangins depuis 15 ans, Yolande Nicolier reçoit, en avril dernier, un curieux appel téléphonique du cabinet de conseil immobilier Wüest & Partner. Un collaborateur de l’entreprise, mandaté par PostFinance, lui demande un rendez-vous pour procéder à l’évaluation de la valeur de son logement. Notre lectrice ne cache pas sa surprise: elle a, certes, souscrit une petite hypothèque chez Posfinance, mais il y a plus d’un an et demi de cela. En outre, son montant est très largement inférieur au maximum habituellement admis (80% de la valeur du bien). «Leur manière de procéder est-elle justifiée?», nous demande-t-elle alors.
Impossible d’y couper
Justifiée? A voir… Mais légale, certainement: les conditions des contrats des prêts hypothécaires indiquent, en effet, que «le preneur de crédit s’engage à accorder en tout temps à PostFinance ou à des tiers mandatés par PostFinance l’accès à l’immeuble grevé». Impossible, donc, de se soustraire à la visite, même si elle a lieu bien après la conclusion du prêt. «Le but est d’avoir un deuxième avis indépendant et objectif», explique Johannes Möri, porte-parole de la banque du géant jaune, qui confirme que ces visites sont confiées aux spécialistes de Wüest & Partner.
Mais pourquoi l’effectuer si tard, alors que le prêt a, de toute manière, déjà été accordé depuis longtemps? «Il s’agit d’un cas exceptionnel. Normalement, la visite est fixée le plus vite possible après la conclusion du contrat. Mais elle peut être retardée pour des raisons de surcharge, auquel cas nous donnons la priorité aux grosses hypothèques – celles dont le montant de financement est le plus élevé par rapport au prix d’achat». Logique: pour les plus petites, comme celle de notre lectrice, le risque est moindre en cas de mauvaise estimation d’un immeuble ou de baisse brutale de sa valeur. Une raison de plus de se demander pourquoi, ici, cette visite s’avérait nécessaire…
Au cas par cas
Selon Johannes Möri, au moment d’accorder l’hypothèque, le passage ou non d’un spécialiste au domicile se décide au cas par cas. Quant à l’exigence d’un deuxième avis indépendant, elle ne dépend pas de PostFinance: «Pour les opérations hypothécaires, nous coopérons avec des banques partenaires qui assument les risques des prêts. Ce sont elles qui décident dans quels cas un bien est visité ».
Selon notre enquête, cette éventuelle visite de Wüest & Partner dépend, en réalité, de l’établissement avec lequel PostFinance a travaillé – une information que le client ne connaît pas. Actuellement, il peut s’agir soit de la banque Valiant, soit de la Münchener Hypothekenbank. La première n’exige pas de visite des biens immobiliers dans le cadre de sa coopération avec PostFinance. En revanche, la seconde, basée en Allemagne, la demande systématiquement pour tous les prêts hypothécaires conclus à l’étranger, afin de respecter la législation allemande en la matière. Malgré la modestie de son hypothèque, c’est probablement la raison pour laquelle notre lectrice a reçu cette visite imprévue en avril dernier.
Que risque-t-on?
Une question demeure: que risque-t-on si l’estimation de l’expert se situe bien en deçà de celle réalisée au moment de la conclusion du prêt hypothécaire? Ici, rien, explique Johannes Möri, car l’hypothèque est de faible valeur. «Dans les autres cas, nous chercherions une solution avec le client. Mais cette situation ne s’est jamais produite, car PostFinance estime elle-même avec soin la valeur d’un bien avant la conclusion du contrat». Reste que si différence il y a, cela pourrait avoir des conséquences plus tard, à l’heure de renégocier une hypothèque à taux fixe par exemple. Rien n’empêchera, alors, la banque de fonder ses calculs sur l’estimation moins favorable rendue par le cabinet indépendant.
Vincent Cherpillod


