
Le Conseil National fait la peau aux denrées alimentaires de moindre qualité.
Le Conseil National a décidé d'exclure les denrées alimentaires du principe du Cassis de Dijon. Présenté comme un remède miracle qui devait mettre KO l’îlot de cherté helvétique, il n’a pourtant pas eu les effets escomptés
Riz aux pesticides, jambon à l’eau, sirop avec 10% de jus de fruits seulement: les Suisses ne trouveront plus ces produits sur les étalages des supermarchés. Après d’intenses discussions, le Conseil National a décidé, aujourd’hui, mercredi 6 mai, d'exclure les denrées alimentaires du principe du Cassis de Dijon. Le dossier passe au Conseil des Etats.
Introduit en 2010, ledit principe autorise la vente en Suisse de marchandises produites et commercialisées légalement dans les pays membres de l’Union européenne, même si celles-ci ne répondent pas aux normes helvétiques (lire l'encadré ci-contre). Au moment de son entrée en vigueur, on nous avait annoncé avec fracas des baisses de prix, une concurrence accrue et un choix plus large des denrées. Or, force est de constater que le miracle est loin de s’être réalisé: cinq ans après son adoption, seuls 47 produits sont concernés, dont la moitié pour des questions d’étiquetage.
On est donc bien loin du raz-de-marée annoncé. Le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) a d’ailleurs conclu, dans un rapport de 93 pages, que le principe n’a pas eu d’effet mesurable sur les prix à la consommation des denrées alimentaires. Envolée, donc, l’économie annoncée de 2 milliards de francs au profit des consommateurs...
Baisse de qualité
Une chose est sûre, en revanche: la qualité des produits s’est, elle, détériorée lentement mais sûrement, comme nous le redoutions dès le début (lire «Un Cassis de Dijon au goût amer?»). Résultat: on trouve, aujourd’hui, sur les étals des supermarchés du cidre danois contenant 85% d’eau contre 10% pour la version helvétique, de la limonade autrichienne contenant de la taurine (une substance controversée et réservée en Suisse aux boissons caféinées) ou encore de la mozzarella râpée contenant de l’amidon à titre d’anticoagulant!
Chantal Guyon


