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Des graminées sous votre langue

Selon les spécialistes, les comprimés d’immunothérapie sublinguale Oralair et Grazax n’apportent aucun avantage par rapport aux traitements classiques comme les antihistaminiques et les corticoïdes.

Vous avez les yeux rouges qui picotent? Le nez bouché et vous éternuez en rafales? Vos oreilles ou votre palais vous démangent? Félicitations vous venez grossir les rangs des quelque 15 à 20% d’Helvètes qui souffrent du rhume des foins, l’allergie la plus fréquente en Suisse.

Flairant le bon filon, l'industrie pharmaceutique a développé toute une panoplie de médicaments censés atténuer, voire supprimer les symptômes. Parmi eux figurent notamment le Grazax et l’Oralair, deux remèdes vendus sous ordonnance et destinés à augmenter la tolérance immunologique au pollen de graminées.
Disponibles uniquement sur prescription médicale, ces traitements doivent être initiés quatre mois avant la floraison des graminées. Selon Stallergenes, le fabricant d’Oralair, son efficacité et sa tolérance sont solidement prouvées. ALK, prétend de son côté que les manifestations de la maladie évoluent favorablement grâce au Grazax.

Manque de preuves

Les spécialistes ne semblent toutefois pas partager le même avis. Selon la revue médicale indépendante allemande Arznei-Telegramm, l’action favorable des pastilles Oralair et Grazax demeure incertaine sur le long terme. De plus, elles provoquent aussi des effets indésirables très fréquents comme des démangeaisons buccales, des irritations de la gorge ou des infections des voies respiratoires supérieures. Par conséquent, elles n’apportent aucun avantage décisif par rapport aux traitements conventionnels comme les antihistaminiques et les corticoïdes.

A cela s’ajoute encore le fait que ces deux médicaments, qui ne s’adressent qu’aux personnes allergiques aux graminées, se présentent sous la forme de comprimés sublinguaux. Or, ce type d’immunothérapie est moins efficace que des injections selon une étude de l’allergologue américain Harold Nelson publiée dans la revue Journal of Allergy and Immunology. Le Centre d’allergie suisse ne la recommande d’ailleurs que lorsque la thérapie par injections n’est pas possible. En revanche, les effets secondaires graves sont moins fréquents, précise Arthur Helbling, allergologue et immunologue à l’hôpital de Berne.

Pollens impossibles à éviter

En Suisse, on recense quelque 220 espèces de graminées. «70% des personnes allergiques réagissent à leur pollen. Les éviter est presque impossible, car elles sont omniprésentes et dispersent d’énormes quantités de pollen», prévient le Centre d’allergie suisse. On peut néanmoins prendre quelques précautions pour limiter les symptômes (lire encadré ci-contre).

Andreas Grote/Chantal Guyon