
Le Big Mac et la presse française
Les Suisses paient les magazines de l’hexagone jusqu’à 160% plus cher que leurs voisins gaulois. La faute au BiG Mac et aux distributeurs helvétiques, selon un éditeur.
C’est bien connu, la Suisse est un îlot de cherté. Mais, dans certains domaines, les différences sont rageantes. Tout Compte Fait a ainsi acheté 20 publications françaises et comparé leur prix dans notre pays et dans celui d’origine. Résultat: le lecteur suisse paie, en moyenne, 88% de plus, avec un magnifique pic de 160% pour Télé 7 Jours (voir tableau).
Nous avons demandé des explications à plusieurs éditeurs. Seul Prisma Media, qui possède une quinzaine de titres dont Voici (+117%), Gala (+86%), Geo (+78%)* ou encore Capital (+71%)* nous a répondu. Et les propos sont plutôt surprenants: «Le prix d’un magazine est le résultat d’un mix composé du prix d’origine, des coûts de distribution à l’export, de la rémunération de la chaîne de distribution tant française que suisse, des prix concurrents et, enfin, de l’index du prix du Big Mac, qui permet de calculer un montant respectant le pouvoir d’achat du pays concerné», affirme Serge Hayek de Prisma Media. Document à l’appui, celui-ci précise que le célèbre sandwich calorifique de Mc Donald’s coûte, ici, 75% de plus qu’en zone euro.
Naville Presse: no comment!
Comment expliquer alors que la différence est parfois beaucoup plus élevée ou plus basse? Par le fait que les calculs sont aussi basés sur les prix de la concurrence, à savoir «un panel de trois autres titres». Et pas question d’espérer une baisse à la suite de l’abandon du taux plancher par la BNS, le 15 janvier. «Notre distributeur nous a rappelé que son chiffre d’affaires est réalisé en francs, justifie Serge Hayek. Et donc qu’une diminution du prix de vente facial des magazines français de 20% équivaudrait à une baisse de sa rémunération et de celle de l’ensemble des marchands suisses, qui est calculée en pour cent de nos prix de vente. Cela mettrait l’ensemble du circuit de distribution helvétique en très grande difficulté.»
Nous avons voulu obtenir une confirmation de Naville Presse, unique distributeur des publications françaises pour la Suisse romande. Mais son directeur général, Alain Meynier, ne souhaite faire aucun commentaire sur le dossier. Il y a trois ans, ce dernier avait néanmoins relativisé la situation: «Le Canard enchaîné revient peut-être à 2.60 fr. mais Vigousse coûte 3 fr. Le Figaro et Le Monde sont vendus 3.20 fr., mais Le Temps 3.40 fr. (…)».
La loi ne permet pas d’intervenir
Big Mac ou pas, Tout Compte Fait n’est pas le seul à s’indigner de la situation. «A notre avis, c’est clairement exagéré, surtout les écarts les plus hauts», résume Beat Niederhauser, suppléant du surveillant des prix. La Comco et la surveillance des prix ont étudié la question, et conclu qu’il n’existe aucune possibilité légale d’intervenir. Le surveillant peut certes tenter de convaincre les éditeurs de se montrer plus raisonnables, mais il n’a aucun pouvoir de contrainte. Il s’est d’ailleurs vainement rendu en Allemagne auprès de quatre d’entre eux. Si la loi actuelle rend les autorités impuissantes, c’est aussi la faute du Parlement qui a enterré la révision de la loi sur les cartels en septembre 2014… Reste les initiatives comme celles de Coop, qui a retiré certains titres de ses rayons. Johnsons International News a accepté des baisses allant jusqu’à 16% pour 89 titres italiens, mais les Allemands et les Français refusent toujours d’entrer en matière.
Sébastien Sautebin
Bonus web: la liste des prix comparés


