
Veuves volées
Rien de tel qu’un bon sirop pour avaler une pilule trop amère. Il en faudra un bien sucré pour faire passer, auprès des femmes, la réforme «Prévoyance vieillesse 2020».
Car deux mesures sont particulièrement indigestes: la retraite à 65 ans pour tous et la quasi-suppression de la rente de veuve. Pour les justifier, Berne a concocté une potion à l’eau de rose. Mesdames, il est révolu «le modèle social où l’homme exerçait une activité lucrative», tandis que vous «cessiez de travailler pour vous occuper du ménage», argumente l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS).
Tout baigne, plus besoin de privilèges. Celles qui auraient mis un frein à leur carrière pour élever leur progéniture peuvent compter sur le bonus éducatif de l’AVS pour doper leur rente, rassure l’OFAS. Elles trouvent leur 2e pilier un peu maigrichon? «Qu’elles participent davantage au marché du travail»! Des «aides financières à l’accueil extrafamilial» aux mesures «en voie d’élaboration» contre la discrimination salariale, Berne a tout prévu: au boulot, Mesdames!
Ben voyons. En Suisse, les femmes abattent les deux tiers des activités non rémunérées (lire page 6), alors que leurs salaires sont encore inférieurs de 19% à ceux de leurs collègues masculins.
Rappelons encore que la plupart des femmes nées pendant le baby-boom, et qui seront les premières touchées, se sont passées de congé maternité. Et concilier famille et travail était alors un vrai casse-tête. Pour leurs filles, c’est encore la galère. Les femmes verront la vie en rose le jour où un conseiller fédéral reportera une séance pour aller chez le pédiatre. En attendant, toucher à la rente de veuve, c’est du vol.
Claire Houriet Rime

