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12 Ripasso et Amarone della Valpolecella: Entre Amarone et Ripasso, le palais vacille

Le Valpolicella Ripasso est le rejeton naturel et commercial de l’Amarone. En supermarché, à moins de 20 fr., que trouve-t-on?

Les notes du tableau ne le montrent pas, mais ce fut, pour le jury de TCF, une dégustation passionnante! Le sujet l’est en lui-même, car les deux vins rouges des environs de Vérone sont directement liés. Sans Amarone, pas de Ripasso!
Le Ripasso reprend une vieille recette, celle de la «piquette» (lire encadré). Un vin de l’année, tiré des cépages locaux, principalement la corvina et le corvinone, avec un peu de rondinella et 15% d’autres cépages admis dans la province de Vérone, qui pourrait être mis sur le marché comme Valpolicella Classico (donc sec), est refermenté en janvier sur les marcs de l’Amarone qui, lui, est issu de raisins longuement séchés sur claies (passerillés). Le rouge sec acquiert du volume, du moelleux et un peu d’alcool (1% à 2% de plus que le vin de base).

Match nul

Le Ripasso est donc le «rejeton» de l’Amarone. Logiquement, il devrait être vendu moins cher que son «père». Mais que voit-on dans les rayons? Certes, les Amarone dépassent souvent les 20 fr., mais on en a tout de même trouvé trois pour moins cher. Le Ripasso, dont la production est légalement limitée au ratio de deux litres pour un litre d’Amarone (soit 24 millions pour 13 millions, en forte croissance, ces dix dernières années), atteint presque le prix de son «père»: c’est le cas de deux vins du tableau.

On a donc tenté de vérifier, par la dégustation, si les deux typologies se «valent» organoleptiquement. Le verdict? Un match nul, puisque notre jury place en tête un Ripasso et un Amarone ex æquo. Pour corser le tout, le jury a admis que ni l’un ni l’autre de ces vins, vendus de surcroît au même prix, n’est représentatif ni du Ripasso ni de l’Amarone! Rien de surprenant à cela: une large visite de caves, en janvier, nous a permis de constater que chaque maison a sa recette pour donner un style commercial propre à ses vins. Et deux tendances s’affrontent et font se croiser les styles de l’Amarone et du Ripasso: tandis que le premier est souvent jugé trop riche en alcool et en sucre, et donc bridé, le second est, au contraire, tiré vers le haut pour ces mêmes paramètres.

Des prix dans un rapport de 2 à 1

Derrière un fort beau vin, signé Tinazzi, qui a divisé le jury sur son caractère boisé luxuriant dans un style quasiment espagnol, pointent deux Amarone, bien notés, même s’ils n’ont pas été identifés comme tels à l’aveugle. Il est intéressant de remarquer que ces mêmes producteurs sont présents avec leur Ripasso, classés ex æquo à 12.8 points, mais avec deux remarques opposées: un style traditionnel pour Borelli et un style moderne pour la Coopérative de Soave. Ces deux caves respectent la «pyramide» des prix: leur Ripasso est vendu dans les supermarchés deux fois moins cher que leur Amarone.

Derrière ce trio de tête, il faut aller à la quatrième place pour trouver le premier Ripasso d’un bon rapport qualité-prix (marque Maurizio B. Martino), à 12.70 fr., devant une cave connue pour des vins forts en alcool, Brigaldara, dont le Ripasso titre 15,5%, soit largement plus que les deux Amarone bien notés… Ce domaine fait partie des «familles d’art» de l’Amarone, un mouvement qui mène son propre marketing international, tel Allegrini, un des rénovateurs de la Valpolicella. Deux de ses Ripasso, de deux millésimes, 2011 et 2012, ont été jugés au même niveau.
Une coïncidence de plus dans un sujet passionnant, pour des vins qui se prêtent à la gastronomie italienne riche en goûts (pasta & compagnie).