
Un 2e pilier dynamique, mais à vos risques
Les salariés qui optent pour une gestion musclée de leur avoir de prévoyance surobligatoire devraient en assumer les risques.
Pour parler des caisses de pension, on évoque souvent le 2e pilier, par opposition au 1er pilier qui désigne l’AVS et l’AI. Or, qui dit pilier dit solidité. Faudra-t-il changer de vocabulaire? Le Conseil fédéral propose, en effet, de reporter les risques des placements sur les assurés qui ont choisi une stratégie d’investissement dynamique.
Pas de panique toutefois: cette révision ne concerne que certains assurés dont le revenu annuel dépasse 126 900 fr. Car le 2e pilier se compose de plusieurs tranches (voir infographie).
Sous le seuil de 21 150 fr. par an (chiffre valable en 2015), le salaire n’est pas obligatoirement assuré auprès d’une caisse de pension, car la rente AVS est supposée compenser la perte de revenu à la retraite.
Le pilier obligatoire démarre donc à 21 150 fr. et jusqu’à 84 600 fr., on parle de «part obligatoire». Cette tranche est assurée selon les règles fixées par la loi sur la prévoyance professionnelle (LPP: lire encadré).
Au-delà de 84 600 fr., on est dans le «surobligatoire. Un terme mal choisi, puisque, ici, rien n’est obligatoire: ni le rendement sur le capital ni le taux de conversion pour calculer la rente.
Depuis 2006, les entreprises peuvent choisir des caisses proposant plusieurs stratégies de placement aux salariés dont le revenu dépasse 126 900 fr. On parle, dans ce cas, de plans «bel étage», car conçus pour les cadres. Leur gestion doit tout de même respecter les règles de la prévoyance professionnelle qui limite ainsi la part d’actions à 50% et celle des hedge funds, à 15%. «Pour les bénéficiaires, relève Alexandre Michellod, responsable du secteur de prévoyance professionnelle à la Banque Rothschild, l’intérêt est notamment fiscal, puisqu’ils peuvent soustraire de leur revenu les montants investis dans ces plans d’épargne.»
Retraite dopée ou amputée
Selon les aléas de la Bourse, l’option choisie peut doper le rendement de la retraite ou sérieusement l’amputer. Or, à l’heure actuelle, l’assuré prenant sa retraite ou changeant de caisse après un crash boursier peut prendre avec lui l’intégralité du capital investi, les pertes étant supportées par l’ensemble des cotisants. La proposition du Conseil fédéral veut corriger cette injustice: les cadres optant pour des stratégies musclées devraient en supporter désormais les conséquences.
Dans son projet, Berne oblige cependant les institutions de prévoyance à proposer au moins un plan à moindre risque et à informer en détail leurs assurés sur les conséquences de leur décision. A noter que le conjoint n’aura pas son mot à dire sur la stratégie choisie. Cette révision doit encore recevoir l’aval du Parlement.
Claire Houriet Rime


