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La voiture bientôt moins chère que le train?

Alors que le coût du kilomètre en voiture évolue peu, celui des déplacements en transports publics explose: +70% entre 1990 et 2015.

Quel est le prix d’un déplacement en voiture, en train ou en bus? De toute évidence, il varie en fonction du type de véhicule utilisé, ou encore du genre de billet ou d’abonnement acheté. Plusieurs indicateurs permettent cependant d’estimer ce montant et, surtout, de le comparer d’une année à l’autre.

Ainsi, le TCS publie chaque année le coût du kilomètre parcouru avec un véhicule privé. Celui-ci prend en compte la totalité des charges induites, à savoir les frais fixes (amortissement, frais de parking, assurances) et les frais variables (dépréciation, essence, pneus, entretien).

De son côté, le prix des billets des transports publics (TP) est déterminé par le document T600 ou «Tarif général des voyageurs», qui fixe un coût au kilomètre, dégressif à mesure que la distance s’allonge et assorti d’un supplément sur plusieurs lignes.

L’abonnement général (AG) permet, lui, de circuler à volonté sur tout le territoire suisse. Son prix est majoré, en moyenne, tous les deux à trois ans.

Plus du double de l’inflation

A partir de ces trois données, Tout Compte Fait a mesuré l’évolution du coût du transport des 25 dernières années. Les résultats sont détonants: si, entre 1990 et 2015, le prix du kilomètre parcouru en voiture a augmenté de 25,9% (de 58 ct. à 73 ct.*), celui des transports publics a, lui, bondi de 71,2% (de 26 ct. à 44.51 ct.). Et la hausse de l’AG 2e classe, passé de 2150 fr. à 3655 fr. (+70%), est pratiquement la même. Sachant que l’inflation cumulée atteint 33% sur la même période, on constate donc que le coût des déplacements en train et en bus augmente deux fois plus vite que l’inflation.

Perceptible depuis 1993, l’écart est particulièrement criant depuis 2008 (voir graphique). A un tel point que, à brève échéance, il pourrait devenir plus avantageux de se déplacer en voiture? Il fallait, en effet, 2,2 passagers dans un véhicule pour que le coût kilométrique égale celui des TP en 1990, contre 1,6 aujourd’hui.

Impossible de conclure, pour autant, qu’il suffit de monter à deux dans une voiture pour payer moins cher qu’en train, car les abonnements et les autres tarifs réduits permettent de diminuer le prix du trajet. Afin de parvenir à une comparaison plus réaliste, nous avons retenu deux scénarios.

  • Dans le premier, nous avons comparé le coût des déplacements dans un ménage de pendulaires qui possède soit un véhicule privé, soit plusieurs abonnements généraux.
  • Dans le second, nous avons relevé le coût de deux déplacements occasionnels pour des voyageurs sans AG, puis déterminé le nombre de personnes qui doivent voyager ensemble, afin que le trajet revienne moins cher en voiture qu’avec les transports publics.

L’AG reste intéressant

Dans le premier cas de figure, le résultat est sans appel: un pendulaire titulaire d’un abonnement général paie toujours moins qu’en voiture, quel que soit le nombre de kilomètres parcourus. Y compris avec un petit véhicule d’entrée de gamme, d’une valeur de 15 000 fr. Le conducteur paie, dans ce cas, environ 9000 fr. par an s’il parcourt 25 000 km, soit deux fois et demie plus qu’en train avec un AG (3655 fr.). Même en admettant que les autres membres du ménage montent avec lui dans la voiture, l’AG garde un net avantage grâce au rabais famille, qui fait baisser son prix dès qu’un deuxième adulte ou un enfant l’achète aussi. Les quatre AG d’une famille de quatre têtes coûtent, ainsi, entre 7045 fr. et 7525 fr. par an, selon l’âge des enfants.

Seul un covoiturage entre trois adultes de ménages différents donne l’avantage à un véhicule d’entrée de gamme. Avec une voiture plus chère (35 000 fr.), il faut même un quatrième passager. L’AG reste donc imbattable, mais attention: s’il doublait de prix, le coût kilométrique pour le même pendulaire passerait à près de 30 ct. Soit seulement six de moins que celui d’une petite auto.

Moins cher en voiture dès deux personnes

Sans abonnement, la donne change. Là, celui qui se demande s’il vaut la peine de prendre le train pour un trajet occasionnel sera plus difficilement convaincu par les tarifs des CFF. Sur un aller-retour Genève-Lausanne, par exemple, il suffit d’être deux dans un véhicule de milieu de gamme pour payer moins! La situation est plus nuancée pour ceux qui possèdent un abonnement demi-tarif. Dans ce cas, il faut être trois pour que le train perde l’avantage (voir tableau).

Les voyageurs prévoyants et flexibles peuvent, eux, acheter à l’avance des billets dégriffés sur le site des CFF. A condition de bénéficier des meilleures offres, le train l’emporte alors jusqu’à trois passagers et même quatre s’ils ont, en plus, le demi-tarif. Bonne nouvelle aussi pour les familles: en achetant une carte Junior, qui permet aux moins de 16 ans de voyager gratuitement pour 30 fr. par an, promener les enfants coûte moins cher à un parent solo en train qu’en auto. Avec deux adultes, en revanche, il faut posséder le demi-tarif pour que les transports publics conservent la main.

Louer coûte peu

Pour une excursion d’une journée, par exemple entre Neuchâtel et Arolla (voir partie inférieure du tableau), les résultats sont sensiblement identiques: dès deux personnes, la voiture coûte moins. Plus étonnant: c’est en en louant une qu’on s’en sort le mieux. Essence comprise, on débourse ainsi 146 fr. en moyenne pour la journée. C’est pile le prix de deux cartes journalières, mais qu’il est impossible d’acheter sans abonnement demi-tarif! Seule roue de secours pour les amoureux du train: se procurer l’une de celles qui sont proposées dans sa commune de domicile. Elles coûtent une quarantaine de francs. Mais il faut parfois s’y prendre plusieurs semaines à l’avance pour espérer en obtenir une le week-end ou pendant les vacances.

*Pour un véhicule d’une valeur neuve de 35 000 fr. et qui roule 15 000 km par an.

Vincent Cherpillod