
7 cartes de crédit commerciales: commerciales, mais pas moins chères
Les banques n’ont pas l’apanage des cartes de crédit. Les commerces en proposent également. Elles ne sont guère plus avantageuses.
«Achetez maintenant – payez après Pâques.» La publicité de Media Markt a de quoi appâter le badaud. Sauf que le paiement différé de trois mois est bien le seul avantage de la carte de crédit proposée par l’enseigne. Et encore est-il limité dans le temps, puisqu’il s’agit d’une promotion. Normalement, la facture doit, en effet, être réglée dans les quatre semaines qui suivent l’achat. Si le client n’y parvient pas, il peut alors échelonner le paiement, mais contre un intérêt annuel de 13,9%.
Faisons le calcul: si ce même client craque pour un téléviseur à 899 fr. et qu’il le rembourse en 34 mensualités, il lui en coûtera alors 31.75 fr. par mois, en comptant les intérêts. Son achat lui reviendra donc à 1079.50 fr., soit 20% plus cher que s’il l’avait réglé au comptant. A cela s’ajoutent encore des frais de gestion de 12 fr. dès la deuxième année.
Media Markt n’est toutefois pas le seul à procéder ainsi. Tous les commerces qui proposent leur propre carte de crédit font de même. Et certains sont plus voraces que d’autres (voir tableau). En 2013, par exemple, le magasin Ikea a certes rendu sa carte gratuite, mais il a, parallèlement, augmenté le taux d’intérêt pour les paiements échelonnés de 9,9 à 13,9%. Et ceux de la Bonus Card, la Manor Myone et la Globus Plus Card sont carrément de 15%, soit le maximum autorisé aujourd’hui par la loi suisse.
Le Conseil fédéral entend toutefois baisser ce seuil à 10%. Cette modification devrait entrer en vigueur au début de 2016. Il est, par ailleurs, prévu que le gouvernement vérifie chaque année le taux maximal et, le cas échéant, procède à l’adaptation nécessaire.
Clause discutable
Les cartes Supercard Plus de Coop et Cumulus-MasterCard de Migros proposent, elles, un taux annuel de 9,9%. Elles sont donc les plus avantageuses à ce point de vue. Mais attention! La facture finale n’est pas établie sur la base de cette seule donnée, elle est également tributaire de la méthode de calcul employée. Or, celle de Cembra Money Bank, l’émetteur de la carte de crédit de Migros, est pour le moins discutable. En effet, les agios sont certes peu élevés, comparativement à ceux des concurrents du géant orange, mais, si le client fait usage de l’option du paiement échelonné, ledit agio sera calculé sur la totalité du montant de la facture jusqu’à son règlement complet, et non pas sur le solde encore dû une fois chaque acompte versé! Cette clause, inscrite en petits caractères dans les conditions générales, est juridiquement peu défendable, selon Hubert Stöckli, professeur de droit à l’Université de Fribourg. «Si j’étais juge, j’aurais tendance à dire que la perception d’intérêts sur des montants déjà versés est une règle inhabituelle et, par conséquent, non valable», a-t-il déclaré récemment dans l’émission alémanique Kassenturz. Interpellée, Cembra Money Bank rétorque que les conditions générales sont parfaitement transparentes. Le client est donc clairement informé.
Bref, le paiement par acomptes est pratique, c’est un fait. Mais il est aussi passablement coûteux. Et, mieux vaut ne pas être tête en l’air et oublier de régler ses achats dans les temps. Tous les commerces facturent, en effet, des frais supplémentaires, qui varient, dès le deuxième rappel, de 5 fr. chez Pfister à 20 fr. partout ailleurs.
Yves Demuth/cg
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