
12 assemblages blancs: le secret d’un bon assemblage
Traditionnel en rouge, l’assemblage de cépages, en blanc, est plus récent. Il exige une maîtrise de la vinification. Les pros réputés s’en tirent le mieux, comme le montre notre dégustation.
Longtemps, le monocépage, à l’image du chasselas suisse (on dégustera les 2014 arrivés sur le marché ce printemps), du chardonnay et du sauvignon mondialisés, triomphait dans les rayons des supermarchés. Depuis quelques années, les assemblages blancs sont plus nombreux. Dans une certaine mesure, ils annoncent la couleur, affichant les variétés qui les composent. Le dosage, lui, reste du domaine de la «recette» de chaque élaborateur (lire encadré).
Un beau blanc du Languedoc
Sur son site internet, le Château L’Hospitalet, 82 hectares de vignes cultivées en biodynamie (depuis 2013) et 1000 hectares de garrigue, fleuron du rugbyman narbonnais Gérard Bertrand, devenu vigneron au décès prématuré de son père, est fier d’annoncer que son «grand vin» 2013 a obtenu 90/100, dans le magazine américain Wine Spectator. De ce domaine, la cuvée destinée à Coop sort largement en tête de notre dégustation. Un des membres du jury, après une série mi-figue, mi-raisin, s’est exclamé: «Enfin du vin!» Quand les noms des cépages figurent sur l’étiquette, ils sont énoncés par ordre d’importance: dans ce cas, du chardonnay, du viognier et du sauvignon. Un trio délicat, avec deux des blancs mondialisés et le subtil et aromatique viognier, plus fin au nord de la vallée du Rhône, à Condrieu, que dans la chaleur du Languedoc. Il n’empêche: voilà un beau vin blanc, toutefois 3 fr. au-dessus de la moyenne des vins de cette dégustation (10.60 fr.).
Le dauphin, le Château Bonnet, est un classique du Bordelais, en appellation Entre-Deux-Mers, signé André Lurton, précurseur de la qualité et du marketing. L’ensemble est bien typé, avec la dominante des arômes végétaux du sauvignon.
Ex æquo au deuxième rang, un Apologia Bianco. Quèsaco? Un vin italien? Que nenni! Un assemblage valaisan qui «mélange» sauvignon (encore lui!), pinot gris, pinot blanc et humagne blanche.
Ces trois vins expriment une indéniable maîtrise de la technique œnologique et sont calibrés pour une clientèle qui balance entre vivacité et sucrosité, sans excès d’alcool (12% pour les deux premiers).
Quatre suisses parmi les sept derniers
L’Afrique du Sud, avec un assemblage de chardonnay et de colombard (croisement naturel de gouais et de chenin, connu à Cognac depuis le XVIIIe siècle), pointe au 4e rang, avec un 2014 (hémisphère sud!), champion du rapport qualité-prix (4 fr.!). Juste devant un nouveau venu, le Château du Tariquet, qui utilise, lui, l’ugni blanc, un des cépages de l’armagnac dont il est producteur, le colombard, le sauvignon (encore) et le gros manseng, typique du sud-ouest de la France. Ce vin à succès n’affiche que 11,5% d’alcool.
Quatre crus suisses figurent parmi les sept derniers. De 2014 (de l’hémisphère nord, cette fois), le premier vaudois est bien discret, à dominante chasselas, tandis que le second, l’As de Cœur, ne soulève pas l’enthousiasme. Autre vedette du vignoble français, héraut du madiran, Alain Brumont s’essaie au vin blanc vif, mais végétal, avec le binôme gros manseng–sauvignon. Il fait mieux que deux assemblages italiens, le premier, des Pouilles, duo chardonnay-fiano, l’autre de Sicile, toujours avec le chardonnay en première position, complété par les cépages locaux grecanico, inzolia et catarratto. Et deux suisses ferment la marche, dans un millésime 2013, climatiquement ingrat, difficile à maîtriser en bio.
Pierre Thomas


