Restez un consommateur averti et profitez de nos avantages abonnés
Pourquoi pas
Non merci
Panier
x
Le panier est vide

Ces milliards qui nous ont fait peur

à la mi janvier, certains spécialistes estimaient que les caisses de pension avaient perdu 30 à 40 milliards de francs après l’abolition du taux plancher. Un mois plus tard, ce trou était en partie comblé.

Un montant gigantesque évaporé en une fraction de seconde! Le 15 janvier, alors que la BNS venait d’abolir son taux plancher, le cabinet Towers Watson, estimait que «la très forte appréciation du franc suisse qui a suivi l’annonce avait engendré une perte estimée à 30 milliards de francs pour les institutions de prévoyance suisses» (lire encadré). Et la société américaine, basée en Suisse à Lausanne et à Zurich, n’était pas la seule à publier des chiffres de cet ordre. A Genève, BBGI Group estimait, le lendemain, que la décision de la BNS avait provoqué «un crash sur les avoirs des institutions de prévoyance estimé à -6%, soit plus de 40 milliards de perte en seulement deux jours».

Un montant effrayant qui avait de quoi donner le tournis et susciter des inquiétudes pour nos vieux jours. Quelques jours plus tard pourtant, c’est un tout autre son de cloche qui résonnait chez Swisscanto. La société de placement et de prévoyance, récemment rachetée par la BCZ aux banques cantonales, soutenait que «la plupart des caisses privées n’ont été que très peu perturbées par l’appréciation du franc (…) ainsi que par les corrections qui ont eu lieu sur les marchés des actions». Swisscanto affirmait ainsi que nombre d’entre elles possèdent des réserves de fluctuation de valeur considérables qui ont compensé les baisses des cours des placements. Par ailleurs, beaucoup d’institutions seraient assurées contre les pertes de change.

Un «cliché instantané»

Towers Watson et BBGI Group ont-ils voulu faire peur aux assurés et favoriser l’idée que des réformes impopulaires seront nécessaires? Les deux sociétés s’en défendent; elles confirment leur calcul, mais précisent qu’il ne s’agissait, en fait, que d’une photographie de la situation à un moment précis. «Notre estimation représentait l’impact instantané de la décision de la BNS et ne prenait pas en compte les évolutions ultérieures des marchés», précise Nicolas Girardoz, expert chez Towers Watson. Car la situation a, ensuite, très vite évolué, avec une baisse du franc suisse et une remontée du SMI.

«A la fin du mois de janvier, la moitié des pertes avait déjà pu être récupérée, note ainsi Beat Amstutz, porte-parole de Swisscanto. Selon la part d’actions et de monnaies étrangères, nous estimons que les rendements négatifs de la plupart des caisses se situent désormais entre -1% et -3%.»

Des chiffres proches, cette fois, de ceux de Towers Watson. Le 12 février, le cabinet écrivait que «les marchés ont vite retrouvé leur sérénité et la plupart des caisses se sont remises de leur perte, de sorte qu’il ne manque plus qu’environ 2% à 3% de la fortune à récupérer». Voilà des propos optimistes, puisque ce pourcentage représente quand même 15 à 22,5 milliards de francs! «Même si les chiffres absolus sont importants, reconnaît Nicolas Girardoz, il convient de les comparer à la fois aux 750 milliards de francs de fortune totale des caisses et à la vive réaction des marchés financiers après l’annonce de la BNS, ce qui relativise leur importance.»

Nicolas Girardoz ne souhaite pas se prononcer sur l’avenir: «Dans un environnement où les taux d’intérêt sont négatifs et le marché actions très volatil, il est délicat de présager d’une tendance à court terme. Qui aurait d’ailleurs pu dire, à mi janvier, que le SMI allait reprendre 7% en un mois?» Si la situation actuelle est incertaine, on se souviendra que les institutions de prévoyance suisses ne sont pas au bord du gouffre. Le 12 février, Towers Watson soulignait que leur fortune totale de 823 milliards de dollars les plaçait carrément au septième rang mondial.

Sébastien Sautebin