
Surprise à la retraite
Assurance vie «3a» et retraite anticipée ne font pas bon ménage. En quittant le monde du travail, on perd en effet le droit de déduire le montant de sa prime du revenu imposable.
Mauvaise surprise pour l’un de nos lecteurs valaisans: lorsqu’il décide de prendre une retraite anticipée, au début de 2014, il possède encore une assurance vie auprès de Generali, souscrite dans le cadre de la prévoyance liée, ou 3e pilier a. Avantage essentiel: les montants épargnés – soit sous forme de dépôt sur un compte bancaire, soit de prime annuelle d’assurance vie mixte – peuvent être entièrement déduits du revenu imposable, jusqu’à concurrence de 6768 fr. par an pour les salariés. Or, cette déduction tombe dès que cesse l’activité lucrative. Mais le contrat d’assurance vie de notre lecteur, lui, court jusqu’à la mi-2015, car il n’envisageait pas de prendre une retraite anticipée lorsqu’il l’a signé en 2004. Il opte donc pour une durée de 11 ans, qui le conduit jusqu’à ses 65 printemps.
Pas de «bonne» solution
Dans pareille situation, trois solutions sont possibles.
- La première est le rachat du contrat d’assurance avant son terme. Malheureusement, une telle opération se fait presque toujours à perte (lire «Le rachat d’une assurance vie est un leurre», TCF 10/2013). Il faut, certes, ajouter à la valeur de rachat les éventuelles participations aux excédents. Mais celles-ci sont très souvent décevantes et ne permettent pratiquement jamais de recouvrer sa mise: dans le cas de notre lecteur, bénéfices compris, il aurait ainsi perdu plus de 8500 fr. s’il avait racheté son contrat au début de 2014, un an et demi avant terme (voir tableau).
- Deuxième option: demander la libération du paiement des primes. De cette manière, le contrat est transformé en prime unique, sur la base d’une valeur dite de transformation au moment où la libération est demandée. Celle-ci est généralement supérieure à la valeur de rachat, car le capital reste auprès de la compagnie jusqu’au terme du contrat. Mais de peu: toujours dans le cas de notre lecteur, cette solution lui aurait tout de même fait perdre 7 800 fr. lorsqu’il aurait récupéré son capital à la fin du contrat, à la mi-2015.
- Troisième option: ne pas toucher au contrat et renoncer à déduire de ses impôts le montant de la prime annuelle de l’assurance vie. Le coût de l’opération dépend du nombre de primes devenues non déductibles qui restent à payer jusqu’à la fin du contrat et du taux d’imposition marginal du contribuable. En Valais, celui d’un couple marié dont le salaire brut cumulé atteint 169 000 fr. par an avoisine les 36%. En prenant cet exemple et en admettant qu’il paie la même prime annuelle que notre lecteur (5344 fr./an), le titulaire d’un contrat 3a paiera 1924 fr. d’impôts en plus par année pendant laquelle il ne peut plus déduire sa prime. Une solution qui reste donc nettement moins mauvaise que les deux précédentes. Et, même en tenant compte de l’imposition du capital au moment de son retrait, la perte reste moindre: en Valais, le montant retiré à la mi-2015 «coûterait» 627 fr. de plus en impôts que s’il était retiré au début de 2014, à la valeur de rachat.
Y penser à l’avance
Qui choisit une assurance vie mixte pour sa prévoyance 3a doit donc prendre garde de faire coïncider la fin de son contrat avec la date de la fin de son activité professionnelle. Sans quoi il est indispensable d’ajouter à sa planification financière de retraite anticipée la perte due à la disparition des avantages fiscaux de la prévoyance liée. Mais 10, 15 ou même 20 ans à l’avance, qui peut savoir avec certitude s’il souhaitera anticiper ou non l’heure de son départ à la retraite? En cas d’incertitude, il est plus intéressant d’opter pour un compte bancaire 3a traditionnel, et d’y ajouter une assurance vie «risque pur» pour couvrir le risque de décès.
Vincent Cherpillod


